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De Uber à AirBnB, de Google à Facebook, de Blablacar à Apple, le numérique explose ! En quoi est-il une rupture vis-à-vis de l’économie classique ?

Le Numérique est partout ! L’Internet nous connecte, interconnecte les objets, les choses. L’information se transmet, se diffuse, se propage avec un coût marginal nul. L’information est un bien immatériel : plus de vol, que des copies.

Les tâches répétitives s’automatisent, le travail se délocalise, le partage s’amplifie, L’Open Source devient une alternative, la transparence s’impose. Le numérique crée des opportunités exceptionnelles de business et bouleverse les relations professionnelles. Les plateformes d’intermédiation s’immiscent dans les relations B2B comme B2C, la relation client devient la valeur, l’intermédiation numérique devient la règle, l’effet réseau la clef, détruisant la valeur de business bien établis, redistribuant les cartes sur nombre de secteurs d’activité.

Quelles en sont les limites ? Identité et sécurité sont à réinventer. Quel impact sur l’économie de nos sociétés ? Comment agir, réagir, saisir les opportunités ?​

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Table-ronde animéee par Richard Toper, Président de Setics, avec l’intervention de :

  • Vivek Badrinath – Directeur Général Adjoint Accor
  • Vincent Taupin  – Président du Directoire Compagnie Financière Edmond de Rothschild Banque, Fondateur de Boursorama
  • Philippe Dewost  – Directeur Adjoint, Mission Programme d’Investissements d’Avenir, en charge de l’économie numérique et du financement des Entreprises à la Caisse des Dépots
  • Florent Steiner  – Co-fondateur Adopteunmec.com

CHAPITRES

1 – Présentations des conférenciers   0:00

2 – Vivek Babrinath – Groupe Accor   8:37

3 – Vincent Taupin – Boursorama   24:01

4 – Florent Steiner – Adopteunmec.com   47:08

5 – Philippe Dewost – Caisse des dépots et…   52:14

6 – Vivek Babrinath – Accord = Plan Digital – 225 M€   01:03:08

7 – Florent Steiner – la sécurité ? 01:08:30

8 – Vincent Taupin – Les réseaux sociaux ? Une menace pour la banque traditionnelle ?  01:10:38

9 – Vivek Babrinath – Croisement de plateformes ? Pas très CNIL ? 01:19:34

10 – Vivek Babrinath : nous agissons beaucoup en direction de la jeunesse   01:25:25

11 – Big data, open data et principe de finalité   01:26:32

12 – Le grand chambardement – stop ou encore ?   01:28:00


Bonjour à tous, bonsoir. On va commencer. Il y a eu des problèmes de trafic. C'est la première fois qu'on fait ces réunions en dehors du périphérique. Donc le programme de ce soir, on appelle ça "Le grand chambardement du numérique", qui est le premier d'un cycle de conférences qu'on m'a demandé d'organiser. Mon nom est Richard Toper pour ceux qui ne me connaissent pas. Et donc, c'est le client qui commande ici et maintenant, et on a choisi plusieurs intervenants de haut niveau qui sont des spécialistes de métiers qui ont beaucoup changé, ou de métiers mêmes qui n'existaient pas il y a vingt ans. Ils sont pour l'instant assis ici. Et je vais vous les présenter en deux minutes. Il y a notamment Vincent Taupin qui est le fondateur de Boursorama et le président des banques Rothschild ; Vivek Badrinath qui est le directeur général adjoint de Monsieur numérique et d'Accor ; Philippe Dewost qui s'occupe d'investissements d'avenir à la Caisse des Dépôts mais qui est aussi un ancien start-upper ; et on a le plus jeune, qui n'est pas tout à fait à l'heure, le voilà, il s'appelle Florent Steiner et est le fondateur d'un site qui s'appelle Adopteunmec. com. Auparavant, les présidents des associations qui organisent vont dire des mots en deux minutes. Et je vous rappellerai après la formule sachant que tout sera terminé pour 20 heures, pour plein de raisons, à 20 heures, ce sera terminé. Donc là, on passe la parole à Jean-Pierre Bienaimé qui est le président de l'IREST et qui a deux minutes pour dire quelque chose, un mot de bienvenue.
Merci Richard. Et oui, deux minutes, parce que nous avons l'habitude que les conférences ne commencent jamais vraiment à l'heure, il faut avoir le temps d'arriver et comme 20 heures seront la limite. L'IREST, l'institut de recherche économique et sociale sur les Télécom, qu'un certain nombre d'entre vous connaissent bien, est heureux de faire un partenariat avec le Forum ATENA pour un cycle de trois conférences dont les deux suivantes porteront d'une part sur la chaîne de valeur, le rôle des acteurs et pour la troisième sur le rôle de la puissance publique sur les modèles d'intervention publique dans le numérique. Donc, l'IREST depuis quarante ans maintenant, depuis 1975, est créé par Jacques Dondoux, ancien directeur général des Télécom, qui a été suivi par Pierre Lestrade comme président de l'IREST, puis assez longuement par Jean-Jacques Damlamian, dont j'ai pris la lourde succession l'année dernière, et qui a apporté énormément d'idées, d'entregent et de visions dans ses dix dernières années à l'IREST. Et nous avons essayé non seulement de continuer sur cette lancée mais aussi pourquoi pas d'explorer un petit peu plus largement l'écosystème numérique, avec les aspects non seulement techniques mais aussi économiques, de société, d'impact stratégique et politique, pourquoi pas. Et d'ouvrir un petit peu plus également à l'international avec des intervenants comme nous avons eu l'occasion de le faire dans une table ronde il y a un peu plus d'un an sur le rôle des Télécom avec des intervenants de la Commission européenne ou d'autres. Quelques tables rondes récentes : "L'Internet des objets", "Le numérique et l'art", dont nous avons conduit une table ronde le 10 décembre, "Les business model", "Les opérateurs de marché mobile". Une prochaine table ronde mi-avril à la suite de la conférence mondiale des radiocommunications sur les fréquences de spectre, les enjeux, les perspectives. Vous voyez, un programme fourni mais nous sommes surtout très heureux d'entamer ce partenariat avec le Forum ATENA, ce soir. Merci, je passe la parole à Philippe Recouppé, mon collègue dans cette démarche et dans cette soirée.
Merci, cher président. Je suis décidément très heureux d'être pour vous accueillir, donc sur le premier événement numérique. Je ne répète pas tout ce que vient de dire Jean-Pierre. Je suis très content aussi du partenariat avec l'IREST et aussi avec l'ISEP. C'est important aussi de faire des choses dans le collectif. Et je voulais dire deux, trois mots pour démarrer cette conférence sur le numérique pour dire que, je pense que c'est le cas de beaucoup d'entre nous mais, on entend énormément de débats sur le numérique, sur l'économie, sur l'innovation, sur les ruptures. En fait, le débat, c'est le débat sur le futur et le futur nous fait peur. C'est normal, tout va bien, donc ne vous inquiétez pas. Demain, on ne sait pas. Hier, on sait vaguement ce qu'il en était. Aujourd'hui, on ne comprend pas forcément très bien. Et donc, dans des moments l'histoire s'accélère, et je pense que c'est le moment qu'on est en train de vivre, effectivement, ce n’est pas très évident. Et on a voulu, avec l'IREST et avec l'ISEP, se donner trois moments de réflexion avec trois approches différentes sur ce qui se passe et essayer d'accompagner la réflexion, pas de donner des réponses. Les réponses, à vous peut-être d'en trouver mais je ne pense pas que nous on puisse vraiment donner des réponses qui aient un sens, mais poser des questions, accompagner le débat. C'est notre propos, merci.
Merci. Donc, l'ISEP est très heureuse de vous accueillir dans ce campus que nous avons intégré il y a un peu plus d'un an, un an et demi. Pour ceux qui ne connaissent pas l'ISEP, c'est une école d'ingénieurs dans le numérique. On a fêté nos soixante ans l'année dernière. On a des promotions de deux cents à trois cents étudiants par la formation initiale, y compris l'apprentissage. C'est notre première activité, notre cœur de métier. On a un développement aussi à l'international assez important avec des synergies en accueillant des élèves qui viennent de la terre entière, mais on pousse aussi nos élèves à l'international. Notre troisième activité, ce sont nos laboratoires de recherche. Nous avons ici des laboratoires de recherche. Nous tenons des recherches appliquées dans tous les domaines des technologies du numérique, de l'électronique, de l'informatique en passant par les Télécom et les réseaux. Et nous avons une quatrième activité qui est la formation professionnelle que je dirige ici à l'ISEP. Donc, nous sommes très heureux de partager avec vous ces réflexions, ces diffusions de savoir avec toute la communauté, ici physiquement présente et de par les ondes puisque, quelque part, notre fondateur historique était aussi Édouard Branly, puisque c'est un peu par sa faute que l'école est apparue. Ce n'est pas par sa faute, mais c'était son origine. Voilà donc de manière très courte et très synthétique nos activités de l'ISEP, grande école d'ingénieurs.
Merci Denis. Donc, je vais demander aux quatre intervenants de venir s'asseoir, vous avez de très beaux fauteuils, beaucoup plus confortables. Ce qu'il faut dire aussi, c'est que donc personnellement, je suis un peu le lien avec les deux associations parce que je suis membre actif des deux étant vice-président de l'IREST et président de l'atelier très haut débit de forum ATENA. Et on est aussi accueillis par l'ISEP. Et enfin, ce qu'il faut insister, c'est que ce débat fait l'objet d'une captation vidéo, d'une retransmission sur Internet. Et il y a des gens qui sont censés poser des questions via Internet et il y a un fil, Philippe Recouppé m'a montré sur son téléphone qu’il y a un bloc pour les questions. En fait, le grand chambardement du numérique, très rapidement pour présenter le débat, moi, je dirais que d'un côté, on a coutume de distinguer dans le numérique la couche connectivité. En fait, le téléphone c'était le 20e siècle, la télévision c'était le 20e siècle. Aujourd'hui on est dans la connectivité. Et ça, c'est la couche qui coûte, c'est la couche qui donne les services, c'est la fibre, c'est le mobile. Et puis il y a les services, c'est ça qui rapporte. Et les services, ils ont besoin de la connectivité. Et aujourd'hui, on va plutôt parler justement du business et ce que l'on fait avec ces services numériques. On a dit les services numériques bouleversent l'économie. Alors je ne sais même plus quoi dire parce qu'en ce moment, au moment je parle, il y a plusieurs débats sur le même sujet de l'économie numérique y compris à Davos. Tout ce que j'entends depuis des années, c'est que ça bouleverse mais ça va encore bouleverser beaucoup plus dans les années qui viennent. Alors c'est pour ça que pour en discuter ce soir et ça prend la forme d'une table ronde avec des interactions avec la salle mais aussi des interactions entre intervenants. Donc la formule qu'on a prévu, c'est qu'il y ait quand même des exposés d'une dizaine de minutes que je lancerai peut-être, de chacun des intervenants, un quart d'heure. Et ensuite des questions soit entre les intervenants, soit des questions de la salle. Voilà à peu près disons la formule. Donc on a quatre grands domaines le numérique est intervenu, des domaines traditionnels et puis des domaines beaucoup plus nouveaux. Donc Vivek Badrinath qui est ici, qui s'occupe du numérique chez Accor. Et on va essayer de comprendre pourquoi Accor s'intéresse au numérique et quelle est sa démarche. D'autre part, il y a la banque avec un éminent représentant Vincent Taupin qui aujourd'hui est président de Edmond de Rothschild mais a été aussi cofondateur de Boursorama qui était quand même le début de la Banque Internet, on peut le dire on. Et aussi, on a essayé d’avoir aussi un peu le monde des nouvelles choses, des innovations. D'abord, Florent Steiner qui est ici qui est le fondateur d'un site qui s'appelle adopteunmec. com que la plupart d'entre vous ne connaissent pas, parce que moi-même je connaissais le nom et puis, il va vous expliquer après, mais c'est simple c'est un site de rencontres pour les moins de 30 ans. Donc, beaucoup dans la salle, on n'y arrivera jamais à avoir moins de 30 ans. Donc, ça facilite notre radar. Et puis, vous avez Philippe Devos ici qui aujourd'hui s'occupe d'investissements d'avenir à la Caisse des Dépôts, mais qui est un des fondateurs de Wanadoo et qui est intervenu dans plusieurs start-ups. On y reviendra tout à l'heure. Donc, je voudrais commencer, la première formule, c'est qu'on va je vais commencer à vous interviewer les uns, des autres. Et alors, avec un micro, je suis désolé. Enfin, il y en a peut-être deux mais avec un, je vais vous le passer sinon. Donc Vivek Badrinath, c'est un ingénieur enfin comme certains dans la salle beaucoup… Tendance Télécom, il arrive même d'y avoir des normaliens. Quand on regarde un peu un brillant parcours dans l'industrie des Télécom et de l'électronique en France, mais aussi en Inde pendant un moment pour Thomson. Et puis en en 2014, il a plongé dans l'hôtellerie. Ce qui est quand même un sacré challenge. Et donc finalement, la première question que j'ai envie de lui poser c'est pourquoi Accor a mis tant d'importance dans le numérique et dans le digital.
Peut-être effectivement, je commencerai par vous dire un petit peu en quoi il y a un rapport entre le numérique et l'hôtellerie. Il faut se rappeler d'une chose, c'est que le secteur du voyage est un des secteurs qui s'appuie de manière assez intense sur les réseaux et l'informatique. Pour une raison simple, c'est parce que l'offre et la demande s'expriment à des lieux en général différents. Eh oui. Quand on va dormir à l'hôtel, c'est en général parce qu'on n'est pas chez soi. C'est quand on prend l'avion, c'est en général pour aller ailleurs. Et donc tout ça fait que les Télécom ont beaucoup accéléré l'activité dans ce domaine. C'était principalement, c'est un secteur qui d'année en année, sauf année de crise économique absolue, est globalement porté par une démographie avec l'émergence d'une classe moyenne dans pas mal de régions du monde. C'est un secteur qui grandit de 7% par an en moyenne sur longue période. Il y a un déséquilibre permanent de l'offre et la demande sur l'hôtellerie à travers le monde. Donc, c'est un secteur qui va bien et qui est alimenté, je dirais, un peu au carré par le développement des échanges. Donc déjà, c'est un secteur qui s'est informatisé finalement assez tôt. Et qui a vécu ensuite qui certes a des fondamentaux qui n'ont pas changé depuis que l'hôtellerie est l'hôtellerie, c'est-à-dire depuis assez longtemps. Mais qui en même temps a subi en 40 ans, quatre vagues importantes de transformation numérique. La première vague, c'est l'émergence et chacune de ces vagues est caractéristique d'une de ces formes de distribution qui aujourd'hui peu ou prou frappe, touche, transforme beaucoup de secteurs économiques. La première vague de distribution, c'est celle des plates-formes. Qu'est-ce qu'une plate-forme ? C'est un moyen de mettre en relation une offre et une demande à distance avec un effet de masse et d'échelle absolument considérable. Dans le temps quand on cherchait un hôtel dans un pays qu'on ne connaissait pas, on ouvrait un guide qui n'avait rien d'exhaustif. Dans le temps, on lisait un guide, il y avait vingt hôtels pour une ville, on essayait de se débrouiller avec ça, on envoyait un fax, un télex ou éventuellement dans les meilleurs cas, on passait un coup de fil et il se passait quelque chose. Parfois même, on envoyait un télégramme. Ou alors on allait voir un agent de voyage qui avait une liste sélectionnée de prestataires recommandés par d'autres Et on arrivait à peu près à une sélection. En gros, l'offre avait un choix limité de référents et la demande était limitée quand elle se présentait à l'offre. Le numérique change tout ça. Et le numérique change tout ça avec ce mécanisme des plates-formes qui ont pour but d'attirer le maximum de clients. Et de référencer et le maximum d'offres. Dans le secteur de l'hôtellerie, on a deux entreprises majeures qui aujourd'hui en l'espace de 20 ans ont consolidé le marché. Il s'agit du groupe Priceline, mieux connu en Europe sous le nom de Booking. com qui est sa marque commerciale la plus visible. Et le groupe Expedia qui sous ses différents avatars porte l'autre partie du marché. En Europe, c'est 60% Booking, 30% Expédia et 10% les autres, à peu près, très grossièrement. Aux États-Unis, c'est l'inverse. Et ces deux mastodontes ont absorbé à peu près, au fil du temps tous leurs concurrents. Donc on est bien dans un sujet d'abord très connu dans le monde de l'Internet qui est le winner takes all, le gagnant emporte la mise. Donc, on est face à des dynamiques de plateformes il y a une prime au plus gros. Parce que le plus gros a l'offre la plus grosse, donc attire le plus de clients, donc à la base de clients la plus grosse donc, devient incontournable pour l'offreur, être un hôtelier sans être présent sur Booking ou Expédia, c'est une gageure. Soit, on est petit, on arrive quand même à se remplir par le bouche-à-oreille, soit on est vraiment dans la mouise, donc on est obligé de se référencer sur ces sites. Ces sites s'alimentent aussi avec le fioul qui est les mots clés Google. Donc, on est bien dans les dynamiques du Web. Le premier client mondial de Google, c'est Booking. Un tiers sur les 2,5 milliards que Booking gagne chaque année, il y a 1 milliard qui va chez Google. Donc, c'est une machine qui est alimentée par cette dynamique du Web. Donc, cet effet de plate-forme évidemment en dix ans installe un acteur qui a une capacité à capter de la marge puisqu'il devient l'intermédiaire incontournable entre le client et l'offreur. Il est capable d'orienter le client vers l'offre et il utilise tous les outils du marketing pour le faire : positionnement dans les listes, référencements, recommandations et mailings. Donc, vous avez l'irruption dans un secteur traditionnel qui n'avait vu aucun effet d'échelle de cette nature d'un acteur qui obéit à des effets d'échelle qui sont directement liés aux coûts de transaction nuls, d'inscrire un hôtel de plus sur une plate-forme et d'acquérir un client de plus. Première vague dans laquelle les hôteliers ont été absents et qui donc ont compenser ensuite essayer de reprendre un peu de position. Et l'acteur, en l'occurrence ne prend aucun risque de stocks, et en position d'augmenter son taux de commission pour orienter ses flux. Donc, première vague de distribution, déjà ça dans l'hôtellerie quand vous voyez quelqu'un qui se met entre vous et le client et capte une partie de la valeur, c'est une première raison de s'intéresser au numérique. Deuxième disruption, c'est celle de l'économie qu'on appelle un peu celle du feed-back. Le voyage est un secteur bavard, la moitié des messages et posts sur Facebook notamment dans les mois d'été porte sur peu ou prou sur un voyage. C'est "je suis je m'amuse, regardez cette photo", etc. Et puis dans l'hôtellerie avec le temps la référence est devenue un Tripadvisor. Les gens aiment bien donner leur avis sur un séjour hôtelier. Le taux de réponse est élevé parce qu'on a envie de raconter ça. Et puis parce qu’au début, on a surtout lu et puis après, on se dit "allez quand même, je vais contribuer un peu parce que c'est vrai que c'était sympa et ça m'a aidé à préparer mon voyage". Donc cette base s'enrichit elle-même. Elle ce qui l'enrichit, ce n'est pas tellement la taille, c'est le temps. Avec le temps, elle devient de plus en plus pertinente statistiquement. Il y a des effets de bord. Il y a des billets, il y a de la triche, il y a plein d'autres choses. Mais au total, la loi des grands nombres s'applique. Et finalement se faire une idée sur un hôtel quand il y a plus de cent avis sur Tripadvisor, c'est relativement pertinent. Donc, ce deuxième acteur commence par donner un avis. Cet avis, il est économiquement important pour l’hôtel. Un point sur Tripadvisor, c'est 10% de taux d'occupation ou de prix moyen en plus. Donc, c'est du vrai argent. Donc, la visibilité d'un seul coup, il y a une transparence accrue pour le client sur ce que c'est que l'hôtel. Donc la marque ne suffit plus et il faut avoir une perception élevée. Donc, cette économie du feed-back, elle commence à peser directement sur le revenu et sur le profit des hôtels. Troisième vague, mais encore, les hôteliers, ils l'ont quelque part subie. La troisième vague, celle du collaboratif qui elle est encore plus profonde, puisque là, on n'est pas en train de parler du produit, c'est le produit lui-même qui est altéré par le numérique. En ce sens qu'il permet de donner quasiment les attributs de l'hôtellerie, c'est-à-dire fiabilité, prédictibilité à la location de logements entre particuliers. Parce que le numérique permet d'établir une relation de confiance. Et vous permet en fait de faire ce que votre maman vous a toujours dit de ne jamais faire, c'est-à-dire de dormir chez des étrangers au bout du monde que vous n'avez jamais rencontrés. Et là, avec le numérique, vous dites il y en a vingt-trois qui s'en sont bien sortis, je vais être le vingt-quatrième. Et donc, vous ouvrez le marché sur un type d'offre différent. Et cette offre-là, elle constitue un surcroît d'offres sur le marché hôtelier, et donc altère aussi l'équilibre offre demande pour l'hôtellerie , et en plus correspond dans son mode de relation avec le client à des attentes d'une génération qui trouve ça plutôt sympa de dormir chez des gens plutôt que d'aller dormir dans un hôtel. Donc, voyez trois vagues profondes qui pèsent lourd sur les chiffres, qui ont un impact et qui conduisent à un groupe hôtelier aujourd'hui à ne pas pouvoir s'abstraire de la question du numérique. Un groupe hôtelier qui se disait "je fais bien mon boulot du check-in au check-out, les clients sont contents, donc ils reviendront", ne peut plus se dire ça, parce qu'il y a tellement de moyens qu'ils ne reviennent pas ou qu'ils ne découvrent jamais l'hôtel au départ. Et donc, la capacité de remplir les hôtels est complètement conditionnée par la prise en compte du numérique. Et donc le groupe le groupe Accor Hôtels a noté à l'arrivée de Sébastien Bazin en 2013, le sujet du numérique constituait l'un des quatre grands chantiers de transformation du groupe. Et donc, on y consacre des moyens importants justement parce qu'on considère et ça rejoint la deuxième partie du titre de la séance d'aujourd'hui, il y a le chambardement et vous le voyez enfin chambardement assez majeur, ces trois vagues, c'est trois vagues de disruption… Voilà, le secteur de l'hôtellerie il a un peu mal à son numérique quand même. Cela change de business-model, ça change la manière de fonctionner. Mais en revanche, ça pousse un secteur comme l'hôtellerie a changé de pied. Et à se tourner dans une logique de parcours client de connaissance client et de personnalisation. Donc, remettre le client au centre par rapport à un secteur qui avait toujours mis le séjour au centre, donc qui était très centré produit, très centré séjour, qui a la limite que vous soyez fort et puissant, ou petit et modeste, vous traitait correctement gérait avec la meilleure relation possible du check-in au check-out vers une prise en compte plus détaillée des attentes du client avant son séjour, pendant son séjour, après son séjour quand ils bavardent sur son séjour. Donc, parcours client, relations entre employés et clients, notoriété sur les réseaux sociaux, et tout ça c'est un vrai domaine d'investissement. Donc, on passe d'un secteur qui était plutôt en dessous de la moyenne en termes de dépenses technologiques sur chiffre d'affaires à un secteur qui passe au-dessus de la moyenne des secteurs industriels et économiques et de services par rapport à la technologie.
Merci Vivek. En fait, j’ai une autre question à lui poser. Je vais attendre. Je crois qu'on va faire un premier tour et puis on fera après un deuxième tour si besoin. Donc, je vais donner la parole à Vincent Taupin. Alors qui lui aussi est passé par les Télécom, mais il passé avant par l'ESTP, c'est l'originalité. Et qui lui au lieu d'avoir enfin une expérience non pas dans les Télécom, mais vous avez une expérience variée dans le secteur de la finance. Et vous avez rejoint le groupe Société Générale et à cette occasion-là, vous avez eu l'opportunité de monter Boursorama. Et puis au bout d'un certain temps, comme toutes les aventures, elles évoluent et puis vous avez été président enfin directeur général du Crédit du Nord, président d’Alma Consulting, et puis maintenant, vous vous occupez de banques privées, à la tête d'Edmond de Rothschild en France. Donc la question que je me pose et qui est intéressante, expliquer comment est Boursorama ? Et puis une deuxième préoccupation, c'est justement la banque a peut-être aussi des disruptions dues au numérique, ce serait intéressant de nous en parler, la banque de détail, notamment.
Comment est Boursorama ? Pour faire court, je pense que ce métier de Boursorama qui aujourd'hui s'appelle Boursorama Banque, il est de l'absence totale de la fonction financière, de tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin même déjà à l'époque au digital. Et c'était à la fois et conjoncturel et structurel, puisqu'en fait toutes les banques en ligne ont commencé par être des courtiers en ligne. Et les courtiers en ligne, c'est un truc qui a explosé en 2000 au bon sens du terme avec l’ère Internet et qui a explosé au mauvais sens du terme, avec la bulle Internet. Et en fait, les banques s'étaient complètement désintéressées de la bourse depuis la mi-1995. Aucune banque n'offrait de services boursiers, puisque depuis 5 ans le CAC 40 n'avait rien fait. Et depuis 15 ans, grosso modo, cela n'avait été que des désastres. Donc quelques courtiers en ligne dont nous à l'époque, on s’appelait Fimatex. On a démarré ce petit métier sur Minitel. On est passé sur Internet complètement par hasard en 1996, on ne voyait absolument pas l’envergure que ça pouvait avoir. Simplement, on trouvait que c'était une bonne technologie pour remplacer le Minitel. On nous a dit qu'on valait très, très cher en 1999, on n’était absolument pas conscient. Pour l'anecdote, c'est J. P. Morgan qui un jour, a écrit une analyse sur Internet, c'était juillet 1999. Il dit "dans Internet, il y a trois trucs qui vont gagner énormément d'argent". Donc, je me rappellerai toujours du premier, c'était la pornographie. On n’y était pas. Le deuxième, c'est la bourse en ligne, on y était. Le troisième, j’ai oublié. Et il dit "dans la bourse en ligne, il y a un truc en en France qui vaut énormément d'argent, c'est Fimatex". Donc, j'étais le président de Fimatex. Vous m'auriez posé la question avant que je lise l'analyse, je vous aurais dit "on a investir 10 millions d'euros là-dedans. Donc, ça vaut 11 millions d'euros" ; 700 millions d'euros. Donc, 700 millions d'euros. À l'époque, on était une filiale de la Société Générale, mais toute petite dans un coin, ils ne nous connaissaient pas. Donc, l'après-midi, j’avais un rendez-vous avec le président de la Société Générale. Tout d'un coup, je le connaissais, il connaissait mon prénom. Et puis après, vous connaissez les histoires. On s'est coté en bourse le 21 mars 2000. On nous a donnés plein de stock-options. Le cours a monté de près de 50% en huit jours. Huit jours après, c'était le 2 avril 2000. Le NASDAQ a décroché de 8% et on n'a jamais revu le prix des exercices de nos stock-options et je les ai jetées à la poubelle, il y a cinq ans. Cela a démarré comme ça. On a pris tout le haut et toute la chute. Et la seule chance qu'on ait eue, c'est qu'on avait levé 200 millions d'euros au lendemain de l'introduction en Bourse. Et à l'époque, j'étais déjà sensiblement plus vieux que tous les patrons de boîtes Internet. J’avais déjà des cheveux blancs. Et moi, je n'ai pas dépensé les 200 millions d'euros. Je les avais gardés. Et, puis on a fermé toutes nos filiales à l'étranger qu'on avait ouvert comme tout le monde. Et donc, ça nous a permis fin 2001, on était à l'équilibre. tout le monde perdait tout ce qui pouvait. Et on avait 2000 millions de trésorerie. Et donc on a racheté successivement une boîte qui s'appelait Finance Net qui était l'éditeur du portail Boursorama. On a racheté Finance Net. On a donc récupéré le portail. On a pris le nom de ce portail comme le nom de la société. Après on a racheté notre principal concurrent qui était Self Trade qui avait été monté par Charles Beigbeder. Après, on a racheté Comdirect, on en a racheté pleins. Et puis, on s'est vite aperçus on avait un truc super avec Boursorama parce qu'on avait acheté en fait le moteur marketing pour trouver des clients. Tout à l'heure, j'entendais parler des mots-clés Google. En fait, le vrai sujet quand on fait un business Internet, vous en parlerez, c'est de démarrer. Tout d'un coup, que votre business, il soit connu, que les gens viennent dessus, qu’il y ait du trafic. Et nous en rachetant Boursorama, on avait racheté le seul endroit tous les gens qui faisaient de la bourse allaient. Comme on était nous courtiers en ligne, propriétaire de Boursorama, on a interdit à tous les autres de faire de la pub. Ils ne pouvaient plus faire de la pub. Ils étaient mal partis. Donc, c’est ça l'histoire. Ce qui est passionnant ; c'est qu’en fait pendant ce temps-là, les banques réalisaient que mince, ils avaient laissé passer la manne céleste. Et donc ils ont commencé le courtage en ligne au moment on voyait bien que nous c'était en train de devenir logarithmique. Et donc nous, pendant ce temps-là, on a démarré l'assurance-vie en ligne. Ça a rendu les banques hystériques. Ils m’ont tous expliqué que c'est une vraie folie, parce que l'assurance-vie, ça ne s’achète, ça se place. Comme ça, on prend 5% de droit d’entrée pour au gars qui signe son contrat, juste pour lui avoir fait écrire son nom, son prénom et son adresse dans un bordereau, 5%. Nous, on a dit "on vend ça gratuit, il n'y a pas de droit d'entrée". Donc, on m'a dit qu'on était des fous, etc. Ça a super bien marché. Je me rappelle quand je vendais l'assurance-vie, les banquiers me disaient "ne fais pas ça, ce n'est pas pour toi. Fais du courtage en ligne, c'est bien". Quand on faisait le courtage en ligne, ils nous disaient qu'il ne fallait pas en faire, donc OK. Et puis après, on a racheté une banque s'appliquer qui s’appelait CaixaBank qui avait cinquante-deux agences. Donc, on a racheté la banque et j'ai expliqué à nos actionnaires qu'on allait fermer les cinquante-deux agences. On nous a dit vous allez perdre tous les clients. On a perdu 5% des clients. Ne fais pas ça malheureux, fais de l'assurance-vie. Voilà, c'est comme ça qu'on est devenu une banque en ligne, alors à chaque fois je me suis heurté mais vraiment heurté à tout l'ensemble des banques. C'était incroyable je me rappelle, on fait venir des patrons de banques sur le site Boursorama pour faire des interviews. Ils me disaient tous que j'étais un grand malade. Je me rappelle de Pedro qui me disait "c’est n'importe quoi votre truc", mais il venait quand même. Pourquoi ça a marché ? À chaque fois, ils avaient une guerre de retard. Mais c'est normal qu'il ait une guerre de retard. Rappelez-vous la banque - j'espère qu'il n'y a pas trop de banquiers dans la salle -, la banque à la fin des années 1990, c'était mais une rente de situation incroyable. On n'avait pas des clients, on avait des comptes. On convoquait les gens à l'agence. La relation clientèle était complètement dingue. La stickiness de la relation clientèle, personne ne quittait sa banque parce qu'on nous avait expliqué depuis belle lurette que vingt ans de relations bancaires c'était super important. Moi je me rappelle de ma maman qui allait au Crédit Lyonnais en claquant des genoux, elle avait peur qu'on lui retire son coffre-fort tellement il y avait la rareté des coffres-forts. Donc évidemment, la relation client était telle qu'il n'y avait pas de risque, les taux d'intérêt étaient extrêmement élevés et les dépôts à vue étaient conséquents. Pour ceux qui ne savent pas, les taux d'intérêt élevés dans une banque c'est juste du pur bonheur. La manne céleste des dépôts à vue. Donc, alors élément ultime, une banque en moyenne ça a 3, quatre4 millions de clients. Tous les ans, fin juin, vous augmentez les tarifs. Combien d'entre vous ont quitté leur banque après avoir vu l'augmentation des tarifs de fin juin ? Personne. Donc, c'était juste un tas d'or. Un tas d'or qui en plus était toujours dirigé par la banque de détail, c'est-à-dire les gens qui ont le réseau d'agence, c'est-à-dire juste le truc totalement orthogonal par rapport à un site Internet. Et eux de m'expliquer que la banque ce n'est pas ça mon ami. La banque c'est du face à face, le réseau d'agences pour tenir les clients, etc. Donc, comme à chaque fois on démontrait qu'ils avaient tort, ils nous suivaient avec une guerre de retard. Leur grande force, il faut bien avouer, c'est que quand ils décident d'y aller, ils sont super bons. Et aujourd'hui, quand je regarde le site Internet des grandes banques de détail, je trouve qu'ils n'ont pas grand-chose à envier à Boursorama, voire dans certains cas je trouve qu'ils sont aussi bons. La seule chose qui reste la force de Boursorama c'est le tarif parce que c'est beaucoup moins cher que toutes les autres banques parce qu'on n'a pas la structure de coût colossal d'avoir trois mille agences, cinq pékins par agence, des camions qui distribuent des billets, d'autres qui ramassent les chèques, etc. Donc, voilà. Donc, on a eu beaucoup de chance d'être arrivé sur Internet par accident et puis surtout, notre concurrent qui était toutes les banques, à chaque fois nous laissaient le champ libre parce qu'ils n'avaient économiquement pas intérêt à y aller. Mais je dois dire qu'aujourd'hui, ils ont rattrapé le retard et voilà, ce sont des mastodontes. Quand on ne peut pas se passer d'eux, on fait avec eux. Voilà. Je ne sais pas si je vous ai raconté assez bien Boursorama, mais c'est ça le fruit de l'histoire.
Merci Vincent. Alors, je vais peut-être, j'ai une autre question, mais ça sera au deuxième tour, et ça va. Je vais peut-être donner la parole maintenant à Florent Steiner. Alors lui, il n'a pas de diplôme et il le revendique. Et alors, vous m'avez tous donné une bio vachement bien, excusez-moi, mais enfin très formelle, etc. , ou votre secrétariat. Mais alors lui, il m'a donné un article, la première fois il m'a donné un article de Libération, qui était la dernière page de Libération, et il a dit "ça n'a pas fait plaisir à mes parents". Il faut dire que l'article était très intéressant. Alors en fait, vous avez été développeur, d'abord vous êtes plus jeune donc forcément, vous avez moins de choses que les gens plus âgés c'est ça, mais quand même vous avez été développeur de jeux vidéo et puis vous avez commencé à faire du commerce en ligne, et puis vous vous êtes retrouvé à monter un site qui aujourd'hui est quand même une réussite économique, même si c'est une taille moins, un peu plus petite qu'Accor ou que Boursorama mais en fait vous en êtes quand même le propriétaire. Donc, si vous pouvez nous dire en quelques mots, comment vous êtes arrivé finalement.
D'accord. Donc effectivement, je suis arrivé dans la vie professionnelle assez rapidement puisque mes études s'arrêtent vaguement après un bac S. J'ai commencé à faire du jeu vidéo parce que mon père surtout, quand j'avais huit ans, m'a enseigné les bases de la programmation. Donc, quand j'avais 18 ans, l'heure de faire des études supérieures et que je suis allé en IUT, j'avais déjà dix ans d'ancienneté dans cette voie-là alors que mes camarades de classe eux touchaient pour la première fois un ordinateur. Donc il y avait un sacré décalage et globalement dès que j'ai pu, j'ai fui ce milieu pour arriver dans le monde du travail je me suis grandement épanoui puisqu'enfin, on me payait pour faire ce que je voulais faire, parce que mon premier travail a été de développer un prototype de jeux pour PlayStation sur Namco, donc pour Namco, la boîte qui nous a donné Pacman par exemple. Donc, c'était vraiment le rêve pour un adolescent comme moi et après, il était hors de question de retourner à l'école on se sentait jugé et il fallait faire plein de choses absolument pas passionnantes alors que dans le monde du travail il y avait tant à découvrir.
Donc voilà. Après, j'enchaîne un peu plus. Après la PlayStation, j'arrive sur GameBoy, puis après sur téléphone portable et puis comme c'est à peu près le truc le plus petit qu'on pouvait trouver, je me retrouve licencié après avoir défendu la veuve et l'orphelin dans la boîte dans laquelle j'étais. C'est en 2004 en fait je me retrouve comme ça, sans emploi, après un divorce également qui est survenu la même année et donc j'habitais à l'époque en colocation avec mon meilleur ami qui s'est lui aussi retrouvé au chômage quelques mois plus tard. Et on s'est juré à cette époque-là de ne plus jamais redevenir salarié, que le patronat, c'était horrible, etc. Et à l'époque, c'était le plein essor des appareils photo numériques, donc il s'était acheté un appareil photo. Il faisait de la photographie de studio. Et on a eu l'idée de monter un business en ligne de matériel d'éclairage de studio photo. On importait directement de Chine notre matériel et on le vendait directement à nos clients, ce qui nous permettait de faire une marge très confortable. Ça a été notre premier projet Internet, un peu notre premier grand amour avec cette communauté qui grandissait énormément. À tel point qu'un an plus tard, quand on a commencé à réussir à stabiliser cette boutique, on est parti sur un projet complètement, pas du tout professionnel. C'était l'époque Facebook n'était pas encore très connu en France. On est en 2006 à peine. Et c'était un projet communautaire avec simplement, voilà chaque personne avait une page pour discuter sur des forums. Et déjà, on avait essayé d'apporter quelque chose d'un peu nouveau par rapport à ce système qui est un peu vieillissant, c'est qu'on avait donné des niveaux aux gens, un peu comme dans les jeux vidéo. Et à chaque fois qu'ils s'impliquaient dans la communauté, ils passaient de niveau, ils avaient de plus en plus de pouvoir, de plus en plus de possibilités, de plus en plus aussi de responsabilités, mais voilà, on valorisait vraiment ce que faisait les gens sur notre plate-forme. Donc, c'est important parce qu'en fait c'est à peu près la fusion de ces deux projets qui a donné naissance à adopteunmec. com. Alors d'une part, pour une raison simplement matérielle, voilà comme on était les créateurs de cette communauté qui comptait à peu près 40 000 personnes à la fin, on avait pris l'habitude d'organiser de très gros réveillons du 31 décembre et fin 2006, on s'est retrouvé avec 120 personnes dans notre appartement puisqu'on était toujours en colocation. Et le lendemain matin, le 1er janvier, j'étais en train de nettoyer l'appartement mollement pendant que Manuel était en train d'écouter un groupe de filles qui étaient encore là, ivres de la veille et qui discutaient du bout des lèvres parce qu'elles avaient encore je ne sais pas combien de gramme dans le sang, et qui avouaient que, oui de temps en temps, quand elles étaient vraiment célibataires, elles allaient sur un site de rencontres et qu'elles avaient trouvé un petit copain là-bas et que ça marchait etc. Donc, Manuel a réfléchi à ce sujet-là et on s'est lancé sur adopteunmec. com en se disant voilà, c'est quand même dommage qu'il y ait des services qui existent, donc les sites de rencontres, et que les clients n'osent pas dire qu'ils les utilisent, qu'ils ont honte, enfin ça se voyait, ces filles étaient rouges comme une bouteille de Coca quand elles en parlaient. Et c'était vraiment très dommage. Donc on a essayé de réfléchir. Au début, c'était plus parce que nous étions aussi clients de ce genre de site, donc on se disait ce serait quand même bien de montrer à ces gens-là qu'on peut faire mieux, comme ça ils vont améliorer le produit et ça va être bénéfique pour nous. Donc, on a commencé à travailler sur adopteunmec. com et en fait, au bout de trois mois, même pas, au bout de six semaines, je tapais dans Google adopteunmec. com lors d'une pause pour voir ça en état, il y avait déjà huit blogs qui parlaient de nous alors qu'à l'époque, on avait juste une page avec marqué "A dopte un mec, ouverture bientôt", même pas de formulaires pour rentrer son adresse email. Et huit blogs qui disaient qu'on allait révolutionner le monde de la rencontre et qu'on avait enfin tout compris à ce système-là, alors qu'on n'avait même pas finalisé notre produit. Donc, on a fait un petit comité de guerre avec Manuel et on s'est dit qu'il fallait peut-être pousser le truc un peu plus loin. Et donc, on a travaillé cinq mois de plus en fait que ce qu'on avait prévu et on a sorti un vrai produit et pas simplement une vitrine qui voulait améliorer un peu le truc. Donc on a sorti un vrai produit. Et on a eu à faire face à un gros problème, parce que contrairement aux gens qui m'entourent aujourd'hui, nous on n'a pas connu le virage du numérique. On est arrivé juste après. Donc, quand on est arrivé juste après, bien sûr en 2007, fin 2007, on n'était personne. Bon, il y avait eu huit blogs, mais sur la totalité de blogs de France ce n'était complètement rien du tout, et puis c'était juste un article à chaque fois, ce n'était pas des blogs dédiés à notre activité, bien sûr. Quand on est un tout petit poisson comme ça dans cet océan, comment on fait pour exister, comme on fait pour se développer, c'est ce que vous disiez tout à l'heure. Si on réfléchit dans le fond, notre produit adopteunmec. com c'était une version un petit peu évoluée d'un site de rencontres, mais pas très différent que ça. Si on enlève le fond de la forme, le fond est très similaire à ce qu'on trouvait à l'époque et ce qu'on trouve toujours aujourd'hui. Donc en fait, comment on s'en est sorti ? On a essayé de se différencier. On a essayé de se différencier notamment sur notre produit. C'est la première chose sur laquelle on a cherché à s'améliorer. C'était le début notre réflexion. On s'est dit voilà, il faut absolument que les gens sentent qu'on n'est pas, pour le citer, "Me, qu'on n'est pas "Match", qu'on est autre chose. Donc, on a essayé par tous les moyens possibles de s'en différencier. Le premier, ça a été bien entendu, vous l'avez déjà entendu, notre nom de domaine, notre nom de site "Adopte un mec". On a été parmi les premiers sites Internet de tout bord à arborer une phrase comme nom de site, comme nom de domaine. À l'époque, c'était des noms un petit peu abstraits, voire complètement abstraits comme Wanadoo, Badoo ou des choses comme ça. Après, il y a eu des sites on ne comprenait pas vraiment trop le rapprochement. Il y a eu Lycos qui était le nom d'un chien qui cherchait des choses sur Internet. Il y avait Yahoo qui était le bruit que vous faisiez quand vous trouviez enfin la page que vous vouliez. Et après Wanadoo, c'est devenu Orange. Il y a toujours voilà une petite part d'abstraction et nous on a mis les pieds dans le plat directement, un peu de manière humoristique, ça va être notre deuxième élément de différenciation. Mais voilà, on s'est appelé "Adopte un mec", donc voilà. On a exposé très rapidement, dès l'url, dès le nom de domaine, ce qu'on faisait. Bien sûr, le deuxième point c'était l'humour. On a très rapidement compris que les clients de site de rencontre avaient un petit peu cette honte de le dire, voilà, cette culpabilité. Notre plus gros problème c'était d'essayer de déculpabiliser les gens d'aller sur un site de rencontre. À l'époque, aller sur un site de rencontre, c'était vraiment avouer qu'on n'arrivait pas à rencontrer des gens dans la vraie vie, qu'on était trop timide, pas assez intéressant, pas assez beau, etc. Donc, c'était vraiment un constat d'échec. Et on a voulu complètement modifier cette perception, donc c'est passé par un nom de site un petit peu rigolo, et surtout pas un wording, par l'utilisation de terme sur notre site complètement différent puisqu'on a pris le parti de séparer vraiment les deux populations, entre les femmes et les hommes, et de partir sur quelque chose d'assez aberrant puisqu'on a utilisé les codes de l'e-commerce pour notre site. Donc, au lieu de vanter des rencontres fleur bleue etc. , nous on est tombé pile dans le supermarché. Donc, on s'est appelé le supermarché de la rencontre pendant très longtemps, voire peut-être même encore aujourd'hui. Et on a d'un côté les clientes, et de l'autre côté les produits, les hommes. On a joué vraiment dans cet univers à fond puisqu'on a des catégories, par exemple, qui présentent les nouvelles clientes à satisfaire, on a les produits qui sont tombés du camion, on a des promotions sur les roux, sur les barbus, la semaine spéciaux pour différents critères, etc. L'idée, c'est de faire sourire et ça a été un pari réussi puisqu'au tout début de l'existence d'adopteunmec. com, on a eu quand on entendait des gens parler d'Adopte, la première critique qu'on leur faisait c'est "oui, mais les sites de rencontre c'est un peu pour les losers" et eux ils répondaient "non, c'est rigolo". C'était déjà une victoire en soi. Mais c'est vrai que ça permettait aux gens de trouver, je dirais, une excuse et de sortir de ce schéma de honte et de gêne là-dessus. Ensuite, il y a un truc qui nous énervait beaucoup à cette époque, c'était l'aspect extrêmement fade des sites en général. Ce que j'appelais le "design suédois" pour ne pas dire "design Ikea" qu'on a retrouvé très longtemps avec, même le site, par exemple, de Google ou avec le flat design maintenant ou le material design qui consiste en fait à avoir une grande page blanche, avoir un peu de texte et des carrés de couleurs. Donc voilà, on est quand même sur, on n'est plus sur Minitel. On a énormément de possibilités avec un ordinateur, donc on a choisi d'avoir un univers graphique très marqué et on est parti sur, ce qu'on avait envie c'était que les gens se sentent comme s'ils étaient en train de lire le journal intime d'une jeune femme. Donc, on a cherché à avoir au contrat un site très chargé, avec des textes comme s'ils étaient écrits à la main, avec des Polaroïds avec des trombones qui les tenaient, enfin vraiment casser l'image pour sortir du fait que ce soit sur Internet, sur ordinateur et donner un petit côté humain, un petit côté organique pour vraiment que notre produit sorte du lot et que voilà, et que voilà quand on est sur adopteunmec. com, on le voit tout de suite. Ça donne un univers, ça permet aux gens justement de montrer qu'ils sont sur un site différent, qu'ils appartiennent à une communauté différente. C'est assez important de créer une communauté autour de son produit. C'est là-dessus que je vais continuer parce que quand on est tout petit et même quand on est plus gros en dessous, la meilleure publicité que vous pouvez avoir pour votre produit, ce n'est pas en passant à la télé, ce n'est pas en faisant des spots radio ou en faisant de l'affichage urbain, ce sont vos clients, ce sont vos clients qui vont faire le bouche-à-oreille parce que c'est un peu ce qu'on retrouve avec Tripadvisor ou avec d'autres sites on donne son avis. Si vous avez des gens qui ne sont pas intéressés aux produits financièrement et qui disent, ça c'est un bon produit, ça c'est un bon fromage, ça c'est un chouette vin. Surtout, plus ils sont proches de vous, plus vous allez les écouter. Si votre femme vous dit "ah, je suis allée dans ce restaurant-là, il faut trop qu'on y retourne", et bien ça va être une publicité bien meilleure que si vous lisez un article qui est en fait du publi-rédactionnel dans un magazine et que vous captez comme du publi-rédactionnel. Le plus important c'est de soigner votre clientèle pour qu'elle ait envie de parler de votre site, de votre produit. Pour ça, vous devez soigner votre produit d'une part mais il faut aussi donner un vrai univers à son produit et vous devez sortir de simplement, de justement de votre site Web et il faut en fait considérer la publicité que vous allez faire pour votre produit. Vous avez peut-être en tête des images de publicité quand vous étiez un peu plus jeune, de cette pub pour la lessive on vous vantait que telle publicité lavait encore plus blanc que blanc, et surtout plus blanc que la précédente. C'est ce qu'on appelle la publicité produit, c'est-à-dire qu'on vante des caractéristiques techniques de votre produit et on espère que ça va suffire à faire la différence. Alors ça marche très bien en Allemagne, dans les pays latins c'est un peu moins et donc on préfère, je parle beaucoup, on préfère la publicité produit, la publicité pardon de marque qu'on appelle de notoriété. Donc, ça va être par exemple les parfums qui bien sûr ne peuvent pas dire qu'ils sentent meilleurs que l'autre mais ils vont vanter un univers, ils vont vous dire voilà, en portant par exemple du "One million", vous allez montrer à tout le monde que vous êtes super riche et qu'en claquant des doigts vous allez avoir tout ce que vous voulez. Donc ça, c'est un élément qui est extrêmement important parce qu'en fait, vous allez donner un support à vos clients pour faire le bouche-à-oreille. C'est Apple qui a extrêmement bien réussi son coup parce que dans leur publicité, il y a très peu de temps, il ne vantait jamais leur produit, il vantait les gens qui utilisaient leurs produits. Et donc, par exemple, quand ils ont sorti l'iPhone, ils ont créé des écouteurs avec des fils blancs, ce qui ne se faisait pas à l'époque, et donc les utilisateurs d'iPhone, qui était un appareil un peu luxueux à l'époque et toujours maintenant, se reconnaissaient dans la rue parce qu'ils avaient des écouteurs blancs. Et donc voilà. Ça crée une communauté très forte et ça donnait aux gens encore plus de dire "tu n'as pas d'iPhone, pourquoi tu n'as pas un d'iPhone ?". C'est très important de créer un univers autour de votre produit pour que justement les gens aient envie de faire du bouche-à-oreille parce que justement, sur Internet, c'est le monde l'avis du client peut être le plus facilement entendu.
Merci pour cet exposé mais je crois que déjà à ce stade, on peut dire qu'il y a trois exemples différents et avec des choses très dynamiques. Et on voit que c'est quand même, le monde est en train de changer. Et je vais donner maintenant la parole à Philippe Dewost qui lui aussi a fondé quelques sociétés start-up, alors j'ai noté Wanadoo, RealEyes, IMsense. Et puis en fait, depuis 2011, c'est plus le programme d'investissement d'avenir à la Caisse des Dépôts. Et donc, je pense que ce serait bien si vous pouvez nous indiquer un peu justement cette vie dans les start-ups, ces vingt premières années dans les start-ups, quelle expérience on peut retirer de toutes ces start-ups du numérique. Et finalement, il y a une question, mais je la garde peut-être pour la suite, c'est comment ça va évoluer tout ça ?
Merci. Bonsoir à tous. Je voulais remercier Florent d'abord parce que j'ai enfin compris ce que signifient les 4 par 3 que je croise et que j'ai croisé encore la semaine dernière assez régulièrement dans le métro, pour ceux d'entre nous qui prennent le métro. Le monsieur qui tombe dans un caddie, ça y est, je mets un visage sur un mot. Un deuxième petit clin d'œil pour l'Isep j'ai eu l'honneur d'être colleur, il y a de cela trop longtemps. Et puis un troisième clin d'oeil pour une bonne partie d'entre vous dans cette salle qui ont été mes aînés quand j'étais bébé chez France Télécom et avec lesquels j'ai eu des conversations à la fois passionnantes et pendant lesquels mes genoux s'entrechoquaient assez souvent. Je voudrais juste, pour essayer de répondre rapidement à la question que m'a posée Richard, vous passez une slide dans laquelle j'ai essayé de mettre les éléments, non pas de mon parcours, et surtout pas pour que vous y trouviez un sens, mais pour pouvoir le marquer de jalons qui sont à la fois des jalons historiques et des jalons d'apprentissage. Suivante. Alors, effectivement, Wanadoo, ça avait un nom assez bizarre. C'est un nom dont on a hérité. Moi, je suis tombé dans Internet sans savoir ce que c'était, à une époque le grand choix qui se posait à France Télécom qui s'appelait France Télécom c'était, est-ce qu'on continue dans la télématique en déployant un protocole inventé par nos ingénieurs entre Rennes et Lannion et permettant de tourner sur micro-ordinateur, qui répondait à un acronyme absolument merveilleux de VEMMI. Je vous laisse imaginer les jeux de mots que ça a pu engendrer. Deuxième choix, est-ce qu'on prend 20 % d'AOL et on fonde AOL Europe. Troisième choix, est-ce qu'on part sur une technologie suspecte car "not invented here", qui s'appelle TCP/IP et sur laquelle on déploie des services d'accès et puis d'usage pour que les personnes qui se connectent à Internet puissent quand même passer un peu temps à comprendre à quoi ça peut leur servir. Je dis ça, c'est important parce qu'à l'époque, je pense que personne, en tout cas certainement pas moi, n'avait la moindre idée de la vitesse à laquelle Internet se déploierait et deviendrait une infrastructure fondamentale supportant un très grand nombre de services et un très grand nombre de métier et d'activité. Et donc, ça c'est le premier marqueur. Le deuxième marqueur c'est Ukibi, tout le monde a oublié ce que c'était et c'est normal, c'est une start-up qui a été fondée en 1999, que je rejoins quelques mois après sa création après avoir fait les quatre premières années de l'aventure Wanadoo et aidé à conquérir son premier million d'abonnés, puisqu'à l'époque il fallait quatre ans pour déployer sur un million d'individus, alors certes, le service était payant etc. , enfin, quand on compare ça aujourd'hui aux courbes de pénétration de certaines applications mobiles, ça a juste de quoi faire comprendre qu'on n'est pas dans un sujet d'accélération, on est dans un sujet de changement d'ordres de grandeur. Quand je dis d'ordres de grandeur, je le dis au pluriel, on va y revenir. Donc Ukibi, une start-up qui connaît la phase qu'a décrite Vincent tout à l'heure, c'est une phase d'euphorie. On lève à l'époque une quantité d'argent qui était jugée impressionnante auprès d'investisseurs comme Europatweb. On monte à cinquante-cinq personnes, on est entre New York et l'Europe. On avait entrevu quelque chose qu'on n'avait pas nommé et qu'on a déployé beaucoup trop tôt, qui était le réseau social, puisqu'Ukibi c'était un service de carnets d'adresses hébergé sur Internet avec mise à jour automatique de vos coordonnées auprès de vos bénéficiaires. Sauf que l'infrastructure n'était pas suffisante en nombre. Il n'y avait pas assez d'internautes. Première erreur d'appréciation qu'on a faite collectivement. On a vu arriver le mobile, mais on a oublié un deuxième phénomène historique qui pourra vous intéresser dans la salle, c'est qu'il y a eu une bulle Internet, mais trois ans après il y a eu une bulle Télécom liée aux surenchères folles qu'on avait connues sur la 3G et qui derrière a conduit l'ensemble de l'écosystème Télécom à commencer à se rétrécir, a permis d'arriver sur le marché d'acteurs comme (inaudible). Tout ça, c'est conjoncturel, ça doit se relire à cette lumière-là. Je retourne chez France Télécom je découvre un truc qui n'a pas été mentionné dans la discussion mais qui pour moi est un des points fondamentaux, c'est qu'il y a des réseaux les infrastructures de connectivité d'un côté, il y a les clients, les utilisateurs et les usages de l'autre et au milieu il y a un truc qui n'a pas évoqué parce qu'il n'est plus maîtrisé aujourd'hui en Europe, qui s'appelle le terminal. Il y a vingt ans, le terminal vous était fourni par votre bureau en général, c'était un PC. Aujourd'hui, les petits jeunes qui arrivent dans nos grandes institutions nous disent "c'est quoi le login et le password" avec leur Mac sous le bras, c'est un tout petit peu difficile de leur expliquer que ça ne marche pas complètement comme ça. Et puis surtout, il est arrivé un autre terminal qui est dans la poche de chacun d'entre vous, c'est le smartphone. Combien d'entre vous ont un smartphone ? Voilà. Cette question-là posée il y a six ou sept ans donnait des résultats complètement différents. Pour un smartphone, c'est la puissance de calcul de plusieurs dizaines de Cray-2 dont le CEA s'enorgueillissait en 1985, d'en avoir acheté un exemplaire pour pouvoir faire ses simulations à la fois astrophysiques et nucléaires. Moi j'ai eu accès une fois dans ma scolarité à l'École Normale à quinze minutes du temps de calcul du Cray-2, ça avait pris deux mois à négocier, et on était comme des gamins quand on a fait les calculs dessus. Vous avez aujourd'hui chacun d'entre vous dans la poche des dizaines de fois la puissance de cette machine. Et ça c'est une rupture qui est fondamentale parce que si on la relie au sujet de cette table ronde qui est le client ici et maintenant, ce qui permet au client de décider, de choisir ici et maintenant, c'est bien la capacité un, d'actionner les services depuis sa poche, deuxièmement, le fait que dans sa poche il y a un GPS, ce qui je le rappelle était un matériel quasi militaire dont les premiers exemplaires civils, dans les années 1990 quand moi j'ai fait mon service dans la marine, commençaient à être en vente pour un prix équivalent à deux mille euros d'aujourd'hui. C'est dans la poche de chacun d'entre vous, ça transmet votre géolocalisation plus ou moins à l'insu de votre plein gré par ailleurs. Et c'est ça qui fait que le client peut choisir ici et maintenant, avec un petit effet de bord mais ça sur lequel Vivek reviendra peut-être, qui est que le client a complètement désappris une valeur qui est partagée probablement dans cette salle, quand je vois le l'âge moyen de ceux qui nous écoutent, c'est la patience. Et donc un client qui aujourd'hui, en moins d'une seconde, n'a pas compris ce qu'on lui propose, n'a pas compris ce qu'on lui offre ou n'a pas obtenu satisfaction par rapport à une demande qu'il estimait légitime est un client que vous perdez et que vous perdez souvent définitivement. Et donc ça c'est la phase des terminaux chez France Télécom devenue Orange je m'occupais de la partie résidentielle, et j'ai vu l'arrivée du home-net working, j'ai vu l'arrivée des terminaux et des équipements qui supportaient le haut débit et j'ai eu le plaisir de pouvoir chahuter dans cette grande maison avec Vivek à cette occasion-là. Je repars dans une start-up et on refait une erreur de calcul, d'appréciation mais que tout le monde fait. On est en 2006. Q uand vous regardez en 2006, l'offre de téléphone mobile est ahurissante de variétés. Vous avez tous les facteurs de forme. Vous avez tous les formats de clavier. Vous avez toutes les tailles et dimensions d'écran. Vous avez des applications qui se déploient dessus, notamment des jeux, avec un modèle économique intéressant pour les développeurs de logiciels qui s'en sortent bien qui ont de la valeur à apporter, qui est que vous pouvez vendre des licences up-front à des constructeurs de terminaux et c'est eux qui assurent l'intégration de vos soft dans leurs terminaux, sauf qu'assez souvent ils vous demandent quand même de les aider à s'adapter à la variété énorme de tous ces terminaux. Le problème s'est résolu de manière radicale, en quelques années. La première, c'est que tout est maintenant rectangulaire avec un écran tactile, et donc on a complètement uniformisé l'environnement de développement et de déploiement des applications mobiles et des services qui vont avec. Le deuxième effet de bord auquel la société RealEyes3D dans laquelle j'étais, malgré les nombreux prix qu'elle a gagnés, et le déploiement qui à l'époque n'était pas négligeable, on a déployé cent cinquante millions de téléphones, de logiciels. Cette société n'a pas survécu à l'arrivée du smartphone dans lequel subitement les quelques constructeurs qui sentaient qu'il était presque trop tard se sont retournés vers tous leurs fournisseurs de logiciels en disant, on serre les budgets. On concentre toutes nos économies sur le déploiement d'un OS de smartphone soit propriétaire soit sous licence mais ça prend du temps, et bien sûr nous allons ouvrir un App Store dans lequel on sera ravis de vous référencer. Ce genre de business model simplement est inversé puisque vous passez de pré vente de licence par grands blocs avec des frais d'intégration, à un modèle vous pouvez espérer toucher 70% d'un revenu si vos technologies sont applicables, ce n'était pas notre cas. Et puis j'ai été recruté par IMsense qui était une société anglaise de traitement de l'image et pour vous la faire très courte, qui a développé en 2 ans une technologie sur la base de recherches universitaires qui avaient plus de 10 ans d'existence et qui étaient délimitées par une dizaine de brevets clés et qui permettaient d'améliorer les images de manière spectaculaire. Cette technologie a disparu aujourd'hui, pour tous ceux d'entre vous qui ont un iPhone, la raison pour laquelle assez souvent vos photos sont meilleures que celles qui sortent d'un androïde, ce n'est pas uniquement pour vous rassurer d'avoir acheté un iPhone, c'est aussi parce que nos logiciels sont à l'œuvre dedans pour le traitement de l'image. Et puis donc j'ai rejoint la Caisse des Dépôts. Ce que je veux retirer de ce parcours que j'ai essayé de vous résumer de manière un peu brutale, c'est qu'il n'est pas dissociable d'une part de très grandes mutations qu'on a du mal à comprendre tant qu'on est dedans et qu'il faut prendre un petit peu de recul pour analyser et qui sont à l'œuvre encore aujourd'hui, et que d'autre part, dans les start-upd tout est question de timing puisque le rachat d'IMsense par Apple en 2010 est le fruit d'un timing inattendu auquel moi je n'étais pas préparé puisque je me suis retrouvé dans le bureau de celui qui devait devenir mon deuxième plus gros client avec un contrat de licence en bonne et due forme et à m'entendre dire, "écoute Philippe, Steve a piqué une colère phénoménale il y a quinze jours et il nous a hurlé à la figure en expliquant que les photos qui sortaient d'iPhone n'étaient juste pas au niveau du prix et du marketing qu'on fait sur l'objet, quelqu'un qui était dans la réunion a évoqué, et on a l'ordre de trouver une solution, quelqu'un a évoqué votre nom, appelle ton board". Et voilà, donc depuis 4 ans, et non pas 14, j'essaye de faire le lien entre ces très gros mondes de l'investissement, du corporate et ces mondes de start-up qui vivent sur des horizons de temps qui sont encore très largement désynchronisés. Et on essaie notamment de répondre à ces besoins de resynchronisation à travers la mise en avant de la promotion de l'écosystème d'entrepreneurs numériques parce qu'en France, on a des talents incroyables. Et ça, c'est tout le sens de ce que nous faisons sur la French Tech dont j'ai eu la chance de pouvoir participer à la rédaction du rapport puisque tout en France commence par un rapport et donc c'est la Caisse des Dépôts qui a rédigé le rapport sur les écosystèmes numériques, qui avait été commandé par le gouvernement en 2013.
Merci Philippe, c'est je crois, quatre exposés intéressants et moi j'ai deux approches ensuite, soit je vous pose des questions, soit peut-être vous avez des questions entre vous, il y a peut-être des réactions que vous avez, messieurs les intervenants, je ne sais pas si quelqu'un a envie de poser une question ? Ça n'en a pas l'air. Donc moi, je vais poser une question, alors comme ça, avant de donner la parole à la salle, c'est déjà, et on peut le faire simplement, c'est déjà, si je reprends pour Vivek, la question suivante, c'est que moi, j'ai compris que dans la presse, Accor allait faire un plan digital de 225 millions d'euros, c'est le chiffre que j'ai retenu. Et qu'est-ce que vous allez faire avec tout cet argent ? Et est-ce que ça va concerner l'environnement ou aussi l'expérience hôtelière ?
Bon, je ne vais pas vous détailler tout le plan parce que 225 millions, c'est en fait… On a la chance d'avoir un cœur de système informatique de réservation qui tient la route. Donc on a besoin de le renforcer un peu, on a besoin de le rendre (inaudible). C'est une machine qui prend une réservation par seconde, qui fait cent mises à jour de prix par seconde, qui fait cinq cents consultations par seconde parce qu'en fait, l'Internet, c'est beaucoup de sites qui me demandent toute la sainte journée et du 27 au 28, une chambre pour deux à Amsterdam, c'est combien et vous en avez combien ? Donc c'est un système informatique qui porte une partie significative des coûts donc l'argent, on n'a pas besoin de le mettre là-dedans, donc c'est la bonne nouvelle, donc on le met face aux clients, développement d'applis mobiles, unification des applis mobiles, renforcement des fonctions. Pourquoi ? Parce que le mobile, c'est une question d'usage. Une appli mobile a une chance de survivre dans votre smartphone si vous vous en servez régulièrement. L'hôtellerie n'est pas, en moyenne, un produit d'usage quotidien. Sauf pour les voyageurs de commerce et les grands voyageurs, donc le renforcement des fonctionnalités de l'appli, ça fait vraiment partie des priorités donc on y met des jeux, on y met des outils, des mémentos pour pouvoir suivre son voyage, on a acheté notamment une société, une start-up, Wipolo qui nous donne un outil pour suivre l'ensemble de vos voyages, pour mettre de côté tous ces mémentos qu'en général vous laissez dans votre valise et dont vous découvrez que vous les avez enregistrés au moment vous atteignez l'aéroport, et qui vous permettent de savoir quel est votre réservation de train, d'avion etc. Donc beaucoup d'investissement sur les applications, beaucoup d'investissement sur le CRM, on a la chance d'avoir à peu près 40 millions de clients en base, donc c'est une des grosses bases de clients, je dirais, européenne, on est une des grosses bases siebel en Europe, un peu comme les grandes utilities qui ont en général un peu plus de 30 millions de clients en moyenne, pour différentes raisons, souvent parce qu'elles sont nées en monopole. Et donc c'est un peu un chiffre magique qui fait que là-dessus, on peut commencer à faire de la prospection sur le Web, on a 170 millions de visiteurs sur le site et donc on fait un peu d'industrie quand même, ce qui nous permet d'éviter un peu de dépendance vis-à-vis de Google, vis-à-vis des agences en ligne etc. , et d'avoir nous-mêmes un dialogue régulier, fréquent et si possible, qui ne termine pas dans les spams avec nos clients, c'est autour de ces sujets-là. Dans l'expérience hôtelière, moi je considère que le plan digital n'a pas pour vocation de renflouer le WiFi des hôtels, ça c'est le boulot des hôtels, dans notre dialectique interne, je veux dire le niveau du WiFi des hôtels fait partie de l'expérience hôtelière. Donc je n'irais pas me promener à dire "je vais dépenser 225 millions pour améliorer le WiFi des hôtels, un hôtel ne peut être compétitif que si son WiFi est compétitif parce que c'est une des attentes basiques des clients". Cela étant, derrière la simplification de l'accès, de l'authentification dans les limites des réglementations, ça, ça fait partie des choses qu'on met dans nos applications dans le WiFi. Et puis on a acheté, on a fait au titre du plan digital une évolution assez marrante. C'est ce qu'on a décidé l'an dernier, on a ouvert notre site de réservation à l'hôtellerie indépendante. En fait, on a pris un raisonnement qui en soi n'étonne personne, quand Amazon ouvrait Market Place, sur le coup, j'imagine que tout le monde se dit qu'ils sont fous et puis 2 ans plus tard, tout le monde dit qu'ils ont été géniaux et qu'ils l'avaient bien dit que c'était logique. Donc, nous, pareil, on sait qu'en fait ça marche, ça a un effet Galeries Lafayette par rapport à la boutique individuelle. Si votre magasin est mieux achalandé, vous avez un peu plus de chances d'attirer le chaland que votre voisin. Donc c'est une étape qui, en revanche, on est premier opérateur hôtelier à le faire, donc évidemment, ça fait lever quelques sourcils mais donc, on a racheté une société qui s'appelle Fastbooking qui vendait du logiciel pour des hôtels indépendants qui ne faisait absolument pas de commercialisation chambres d'hôtel, mais qui par contre sait parler à des hôteliers indépendants puisqu'il leur vendait des choses. Et donc on a un peu fait pivoter cette société, elle continue à vendre ses produits mais par ailleurs, elle met en place le référencement des hôtels sur notre plate-forme et donc c'est un levier de croissance assez important, ce qui fait quoi ? Ce qui fait que si vous allez sur mon appli, si vous allez sur le site accorhotels. com, quand on aura fini ce déploiement de cette opération, au lieu de n'y trouver que 3 700 hôtels Accor, vous trouverez 10 000 destinations dans des villes intéressantes qui couvrent 80% des destinations de nos clients et les deux premières pages du listing d'un grand acteur du voyage qui est une agence en ligne parce qu'en fait, les gens ils restent en général sur la première ou la deuxième page, donc déjà on couvre un bon petit 50, 60 % du marché.
Merci, alors j'avais préparé mais je vais la poser, la question, dans deux minutes, mais entre-temps, on a eu une question par Internet, n'est-ce pas, qui s'adresse à Florent, et qui dit "le site de rencontres extraconjugales Ashley Madison s'est fait voler sa base client avec les problèmes que vous pouvez ou qu'on imagine. Que faites-vous contre cette menace ?" Donc ça vient par Internet mais ça vient d'un membre éminent de Forum ATENA, Gérard qui est dans la salle.
Alors, Ashley Madison pour ceux qui ne connaissent pas, c'est un peu comme Gleeden, c'est un site qui encourage les gens à tromper leur femme ou leur mari, selon, voire les deux et effectivement, il y a quelques mois, un site éco-terroriste ou assimilé a hacké leur base et a décidé que si Ashley Madison ne fermait pas ses portes immédiatement, ils allaient publier la liste de leurs clients. Donc, une catastrophe puisqu'en gros, c'est des gens qui cherchent à tromper leur femme. Et bien sûr, Ashley Madison a dit "on ne négocie pas avec les terroristes", les terroristes ont publié la liste, ça a été une catastrophe, plein de gens dans le gouvernement, même le gouvernement français, ont été exposés, bref, voilà, plein d'histoires fabuleuses. Qu'est-ce qu'on fait, nous ? En fait, déjà, on a une chance, c'est que je dirais, on a les mains moins sales, donc voilà, on ne demande pas aux gens de tromper leur femme et on ne propose pas sur notre site un type de rencontre, pas d'extra-conjugal, bref on est assez libres, on propose et on dit aux gens "vous vous rencontrez, après vous vous débrouillez". Après, bien entendu, il y a simplement un côté technique, c'est-à-dire on a des ingénieurs système qui travaillent pour la sécurisation des données, on travaille aussi avec la CNIL, avec la DDPP pour que tout soit bien en règle et que tout soit bien protégé. Et on a aussi certainement cet avantage d'être beaucoup plus petits qu'Ashley Madison puisqu'on est un site français et pas un site américain même si aujourd'hui, on a aussi des filiales à l'étranger. D'une manière surprenante, mais ça rejoint un peu le discours que j'avais tout à l'heure, c'est qu'on a une autre image. Si vous avez une image plus sympa, les gens, les hackers qui se sentent une âme de défendre la veuve et l'orphelin, ils auront moins envie de vous attaquer. Si vous êtes un vendeur d'armes, ça va moins bien se passer, donc voilà, je pense que c'est simplement ça, il y a une image à faire passer, un univers à créer et aussi basiquement, de la technique, y faire attention.
Merci Florent, j'espère que la réponse, je crois, est tout à fait intéressante. Je vais peut-être poser une question à Vincent que j'avais prévue, qui était : comment voyez-vous l'avenir de la banque de détail au 21e siècle ? Et elle rejoint une question qui nous arrive aussi par Internet, qui est "les réseaux collaboratifs, c'est une menace, c'est une opportunité ?" Et notamment, dans la banque de détail, on entend parler crowdfunding, on entend parler de shadowbanking, on entend parler de plein de choses.
Effectivement, on entend parler de plein de choses qui n'ont pas grand-chose à voir les unes avec les autres d'ailleurs, puisque le shadowbanking et le crowdfunding, on est assez loin. C'est un peu compliqué parce qu'en fait, les banquiers sont toujours assis sur un tas d'or. Le tas d'or, c'est que les parts de marché sont prises, la concentration s'est faite, il reste cinq groupes bancaires en France, Boursorama, ça appartient maintenant à la Société générale, moi quand j'y étais, on avait 50 % de flottants, maintenant ils ont bien faits, ils ont tout délisté. Fortuneo, ça appartient au Crédit mutuel, enfin voilà, des banques en ligne indépendantes, ça n'existe pas, le marché est cartellisé, ils n'ont pas du tout l'intention de le partager et de toute façon, ça coûte trop cher de rentrer. Parce que je crois que Boursorama, a été avec Fortuneo les deux seules banques qui se soient créées au cours des 30 dernières années. Tout le reste, c'était la concentration, donc la banque de détail a de beaux jours devant elle. Elle va supprimer des agences, voyez, on en ferme en permanence, des agences. Donc en gros, le schéma qui est en train de se dessiner, c'est que vous êtes éligible à la banque patrimoniale, c'est-à-dire vous avez plus de 250 000 euros d'épargne, vous êtes banque patrimoniale, on vous appelle Monsieur, on vous appelle Madame, vous avez une agence qui est un peu plus loin de chez vous s'il y en a moins qu'avant mais vous avez un conseiller qui vous est toujours attitré. En dessous de 250 000 euros, vous rentrez dans le monde du détail. Il n'y a plus d'agence, il y a des robots, vous avez des machines qui vous donnent de l'argent, bientôt vous n'en aurez plus besoin, vous n'aurez plus d'argent, vous n'aurez que des cartes de crédit. La meilleure façon de lutter contre la fraude, c'est supprimer le cash, c'est ce qu'a compris Ts ípras en Grèce, il va avoir du mal mais… Donc voilà, il y a une segmentation, c'est la banque, ce qu'on appelle, je vais dire des mots qui ne sont pas gentils mais ça s'appelle le gros market, voilà, c'est donc vous, vous êtes condamnés dans ce segment-là, vous êtes condamnés à aller chercher de l'argent au GAB, déposer vos chèques dans des GAB et de toute façon, à tout faire par virement sur la plate-forme, sur votre plate-forme Internet, ce qui est très pratique accessoirement, on n'a besoin de rien d'autre. Vous êtes au-dessus de 250 000, vous avez accès à ce qu'on appelle maintenant la banque privée, la BNP et la Société générale ne se sont pas cassé la tête, en dessous c'est la banque de détail, au-dessus c'est la banque privée. Et comme la banque privée, ce n'est pas ça, après ils ont créé la gestion de fortune pour être… C'est du marketing, tout est plus chic comme ça. Donc les agences vont continuer de fermer, il y en aura de moins en moins parce que d'abord, ça ne sert plus à attirer des clients, les clients, les jeunes aujourd'hui, ils ouvrent leurs comptes sur Internet, plus en agence. Une agence bancaire, ça sert à trouver des clients, il faut être conscients de ça. Vous, dans la salle, vous allez à votre agence bancaire une fois tous les 10 ans pour négocier votre crédit immobilier, encore vous y allez la première fois, après vous faites tout par téléphone, c'est le cas le plus extrême de la visite, sinon on n'y va jamais. Donc ça servait à ouvrir des comptes. Il y a un petit côté social, il y a des personnes âgées qui viennent, qui discutent, oui, j'ai vu, des gens ils demandent, il y a combien sur mon compte ? "Je voudrais retirer 100 euros ou 200 euros", hop, vous donnez les 100 euros, ils regardent les billets et vous les rendent, ah c'est bien, c'est super. Tout ça, ça existe, ce côté social, il ne faut pas le sous-estimer, et puis vous avez les clients extrêmement désargentés qui viennent négocier des découverts, et des situations de détresse effroyables. Donc l'agence pour la clientèle de détail, ça disparaît, et quand vous êtes dans le segment au-dessus de 250 000, vous allez en étage en fait, ce n'est plus de la banque, ce n'est plus de l'agence avec des vitrines, vous montez en étage. Ils vont garder des agences, ce que tout le monde oublie, pour un segment qu'on appelle les professionnels. Les professionnels, c'est quoi ? C'est les artisans, c'est les commerçants, c'est les professions libérales, ce n'est pas le segment entreprises, ces gens-là, ils ont encore des chèques à déposer, ils ont encore des liquidités à déposer. Ils viennent régulièrement négocier un leasing pour leur Kangoo, un leasing pour telle ou telle machine, donc pour ces gens-là, on va garder des agences, mais il y en aura beaucoup moins. Donc voilà ce que je vois pour l'avenir de la banque. Je ne vois pas beaucoup d'avenir, je vais être très honnête, pour tous les autres systèmes, le crowdfunding, quand vous regardez c'est tout petit, les FinTech, je cherche toujours la première FinTech qui va me bouleverser. J'ai la prétention d'avoir fait une sorte de FinTech quand j'étais plus jeune. Aujourd'hui on parle de robots, alors on dit "c'est super, maintenant il y a des FinTech qui font des robots investisseurs, on s'inscrit, on paye 10 euros par mois et on rentre ses contraintes et ça vous donne votre portefeuille, une proposition d'allocation d'actifs". Ah bon ? Au secours ! Le Journal des finances, la Vie financière, le Revenu, le Chasseur français, ils font tout ça depuis 40 ans. Et ce n'est absolument pas ce que vous recherchez, dès que vous avez un peu d'argent, vous ne voulez pas qu'on vous colle la même allocation que tous. Sinon, vous achetez le journal et c'est marqué à la fin. Donc quand je dis, ça j'ai honte, parce que je me dis que je parle comme un vieux con, mais je n'arrive pas à trouver aujourd'hui dans le monde de la finance le truc astucieux qui fait que ça va développer la FinTech qui va gagner beaucoup d'argent et je cherche toujours la FinTech qui gagne beaucoup d'argent. Alors il y a un truc dans lequel j'ai cru trop tôt, je me suis planté, c'est les agrégateurs. Chez Boursorama lancé l'agrégation, on a dit "voilà, vous avez des comptes dans plein de banques, eh bien, vous savez quoi ? Chez Boursorama, vous pouvez tout regrouper, vous pouvez tout consulter en une fois". C'était malin, vous vous doutez bien, comme ça on avait accès à l'argent de tout le monde et on allait leur proposer d'autres produits. Puis ça marchote parce qu'on se méfie, quoi, avant de balancer ses mots de passe et ses numéros de compte à un seul gars qui va avoir accès à tout, on se méfie, et puis on sait très bien que si on le fait ou si jamais vous êtes hacké, la banque va vous dire, cher Monsieur, on vous avait bien dit qu'il ne fallait pas donner vos numéros de comptes. Donc je ne vois rien qui décolle dans la finance et à côté de ça, les banques, elles ont rattrapé leur retard sur tout ce qui est digital et je trouve qu'aujourd'hui, elles font bien leur boulot. Donc j'ai un message assez désespérant, et on me demande de rentrer au conseil stratégique d'une FinTech donc j'ai dit oui, parce que j'espère que je vais enfin trouver les grandes idées qui vont vraiment faire évoluer le digital dans la banque. Le sujet ils vont faire des trucs, c'est effectivement utiliser la masse de données incroyables qu'ils ont, alors là, il y a du boulot. La banque elle s'ait tout sur vous, elle connaît vos ressources, votre niveau d'endettement, ce que vous avez acheté, la taille de votre appartement, etc. , donc en utilisant ces données, ils sont assis sur un tas d'or parce qu'à partir de ces données, ils peuvent vous cibler et vous vendre des tas de produits. Le problème c'est que grâce à la CNIL dont on parlait tout à l'heure, c'est strictement interdit en utilisant ces données de vous vendre autre chose que des produits bancaires, voilà. Mais par contre, je peux vous assurer que si jamais, ils pouvaient vendre, les banques pouvaient commercialiser tout ça, alors pour le coup, ça déplace la virgule. Voilà, donc ce n'est pas très enthousiasmant, mais c'est tout ce que j'ai réussi à avoir.
C'est comme tout, peut-être que dans la salle, il y a des gens qui vont se dire "tiens, ça me donne une idée pour faire quelque chose auquel on n'a pas pensé", c'est aussi comme ça, le développement commercial, alors on a différentes questions, j'ai déjà Jean-Pierre Bienaimé a une question.
Oui, une question à nos quatre intervenants, peut-être sur la base d'un exemple récent d'alliance entre plates-formes, comment voyez-vous un petit peu la synergie et le développement d'alliances entre plates-formes ? Je citerai l'exemple de Boursorama et Blablacar en décembre, mais Vincent Taupin, vous n'êtes plus le patron de Boursorama donc on ne vous demandera pas forcément, mais l'intérêt, c'est comment inciter les adeptes du covoiturage à se tourner vers la banque en ligne et réciproquement, donc est-ce que ça peut s'appliquer à beaucoup d'autres exemples et comment vous voyez un petit peu les alliances entre plates-formes, peut-être Vivek ?
Pour moi c'est naturel, il y a beaucoup de sujets comme cela, on en voit passer tous les jours, pourquoi, parce qu'en fait, il s'agit de regarder si nos bases de clients, si une plate-forme à une base de clients qui nous intéresse ou à contrario, que les bases de clients se rencontrent et que donc on peut leur rendre service. Dans le voyage, c'est assez classique, on a toujours eu des échanges avec potentiellement les compagnies aériennes, alors sous des formes commerciales, diverses et variées donc on dit partenariat alliances, mais au fond, c'est souvent du transfert, voilà, Air France vend un billet d'avion, il renvoie sur une plate-forme hôtelière ou sur un hôtelier parce que c'est assez logique après avoir acheté un billet d'avion, il y a de meilleures chances que vous soyez en train de chercher un hôtel. Et réciproquement, les hôteliers en général, une fois vous avez réservé l'hôtel, vous passez sur la voiture. Donc là, il y a des sujets comme cela, c'est du commerce de transfert d'activités assez classique, ça pose une question marrante, c'est qu'en fait, pour vraiment que ce soit impactant, il faut qu'on puisse aller ensuite faire de la prospection, c'est-à-dire qu'au-delà du parcours client lui-même, si on peut prospecter ensemble et donc croiser nos données, on entre dans des sujets intéressants. Donc évidemment, on va se dire c'est pas très CNIL tout ça, ça s'appelle des croisements de base, ce qui est quand même, je dirais, le roc sur lequel est établi l'édifice de la pensée française en matière de privacy. C'est très bien comme ça sûrement puisque ça évite de faire des bêtises. Le seul truc qui m'embête à chaque fois, c'est qu'en revanche, il y a, dès lors que la base est unique, suivez mon regard, ces questions ne se posent qu'assez peu. Je connais un acteur qui est dans votre poche qui sait vous habitez, si vous avez un téléphone Androïd ou iPhone, qui sait que vous avez regardé pour un hôtel, qui sait que vous avez regardé pour un avion, qui n'a demandé la permission à personne et qui vous a dit, vous savez, si vous cherchez un avion pour tel endroit, vous pourriez prendre un hôtel à tel endroit, il serait sûrement très bien pour vous puisque d'habitude, c'est dans ce genre d'hôtel que vous restez. Et lui, il n'a rien demandé à personne, quand même. Et c'est un croisement de bases, mais non, ce n'est pas un croisement de bases, c'est la même base, c'est celle qui suit votre activité. Donc on est quand même dans des sujets pour le coup, j'ai une interrogation sur les contraintes qui pèsent sur les acteurs séparés par rapport aux acteurs intégrés et ça, c'est troublant.
Merci Vivek, je vais peut-être poser une question, alors il y a peut-être des questions dans la salle, ah, non, voilà, parce que je garderai ma dernière question pour Philippe, attendez pour poser votre question. Il faut que vous ayez le micro parce que comme on enregistre, autrement, la question ne sera pas audible.
Alors moi, ma question, c'est pour Monsieur Badrinath, désolée pour la prononciation. En fait, ça serait pour savoir comment vous avez su gérer votre segmentation de cible, parce qu'avec l'arrivée de la digitalisation, de votre arrivée sur le Web, il y a quand même votre plus gros, je pense, concurrent, comme vous l'avez dit, c'est toutes les plates-formes comme Airbnb qui eux s'adressent, je pense, à une cible beaucoup plus jeune et comparé à l'habitude en hôtel, ce sont quand même une cible beaucoup plus âgée et donc, comment vous, vous pallier à ça par rapport au digital ?
Merci beaucoup, c'est une super question. Airbnb, il a commencé par très bien servir les jeunes désargentés, donc le lit à 19 balles, quoi, enfin pour être clair, et là, honnêtement, l'hôtellerie n'a jamais été très bonne à ça, surtout qu'elle avait oublié de se dire que finalement, en mettant deux personnes dans une chambre, on arrivait à faire un lit à 19 balles, donc comme on ne le savait pas, on ne s'en est pas vraiment rendu compte, on s'est laissés complètement déborder, "non, non, on ne fait pas des lits à 19 balles, on fait deux lits à 38", enfin c'est un peu ballot mais on a un peu laissé passer l'intérêt pour cette population. Et puis Airbnb servait bien des familles parce que nous on disait "on va voir si c'est possible de vous mettre deux chambres adjacentes", ils ne se posaient pas la question puisqu'ils louaient des appartements. Je pense que ça, ça a été un réveil, donc il y a effectivement un impact de ces plates-formes aussi sur le produit. Et qu'est-ce que les clients d'Airbnb nous disent ? Ils nous disent du prix quand même, parce qu'il faut bien se dire, au-delà de de la promotion de l'amitié entre les peuples qu'Airbnb met en avant dans sa com, il y a aussi du prix, quoi, il y a ça. Et puis y a la personnalisation, le côté non standardisé, le côté un peu moins froid, le côté accueil personnalisé, qui se fragilise un peu quand Airbnb s'industrialise quand même, quand il y a des loueurs qui ont 80 appartements, on peut être certains qu'ils ne vont pas dire bonjour à tous les gens qui viennent dormir chez eux tous les soirs. Mais ça nous réveille, ça avec sur personnalisation, ça nous réveille sur déstandardisation, ça nous réveille sur prix, donc sur notre gamme économique, on est en train de travailler de nouveaux formats de chambres, de nouveaux looks de chambres, de nouveaux types d'accueil. Donc ça, c'est pour faire évoluer l'hôtellerie, on regarde des pistes pour enrichir notre offre hôtelière avec des locations de ce type et puis plus généralement, ça nous rappelle qu'on a besoin de rajeunir notre produit, donc nos équipes marketing aujourd'hui sont sur comment on parle (inaudible), quels sont les canaux qui leur parlent ? Quand on fait des campagnes aux réseaux sociaux, on a fait avec (inaudible) un certain nombre d'actions sur tour d'Europe chez Ibis, qui donne d'assez bons résultats parce que d'un seul coup, bah finalement, l'hôtel c'est cool aussi, quand on se promène, quoi. C'est un bon moyen de voyager et devinez quoi, c'est un endroit confortable et plutôt silencieux et plutôt facile d'accès parce qu'en général bien situé pour faire des voyages en Europe donc mais c'est et dans le message, et dans le produit, on a des choses à changer.
Je répèterai la question. Allez-y, je répéterai la question pour le micro. Oui, donc, ce qu'a dit Madame, c'est que l'image de l'hôtellerie est écartée, n'est pas en haut de, je dirais, de l'attractivité pour la jeune génération, je crois qu'il faut qu'on regarde tous les groupes hôteliers aujourd'hui sur leurs gammes en général éco, en général loisirs, vous regarderez un peu la présence sur les réseaux sociaux, les photos sont plus déjantées qu'avant, elles sont beaucoup moins statiques, il se passe beaucoup plus… En fait, il se passe plein de choses dans les hôtels, il y a plein de gens qui se rencontrent, il y a plein de bars ouverts tous les soirs, il y a plein de fêtes qui s'y tiennent et simplement, les hôtels ne le racontaient pas. Et les réseaux sociaux sont un très bon moyen de le faire. Tous nos hôtels se sont dotés d'outils pour en parler, je pense que c'est plutôt Facebook, Twitter, Instagram. Instagram très fort pour l'hôtellerie, pourquoi ? Parce qu'on est dans des lieux, on est dans des photos, on est dans des ambiances, on recommence à trouver une présence alors que c'était un média qui était zéro dans l'hôtellerie il y a de ça trois ans.
Voilà, je vais… Tu as une question, c'est ça ? Mais il y a peut-être d'autres gens qui ont des questions dans la salle ?
La question s'adresse à vous quatre, est-ce que vous utilisez les technologies du big data ? Est-ce que vous croisez vos data avec celles de l'open data ? Est-ce que vous respectez le principe de finalité qui vous est imposé si vous l'utilisez ? Réponse rapide s'il vous plaît, alors qui veut répondre ?
Oui oui et oui.
Non, non et non.
La question mérite une réponse très courte et très claire. Moi je vais peut-être poser, j'ai une question pour Philippe, mais aussi qui s'adresse à peu près un peu à tous les intervenants, c'est finalement comment vous voyez l'avenir du numérique, c'est est-ce que ce qu'on a appelé le chambardement, ça va s'accélérer, ça va se ralentir, ça va se stopper ?
Suspense. Dans la slide qui est passée tout à l'heure, ce n'est pas la peine de la reprojeter, il y a une formule qui pour moi résume assez bien la situation dans laquelle on est maintenant, qui est, l'avenir tu n'as pas à le prévoir mais à le permettre, c'est de Saint-Exupéry, c'est dans Citadelle et c'est assez prémonitoire à mon avis. Est-ce que ça va accélérer ? Oui, ça je pense que vous en faites, dès que vous décollez le nez de votre écran, vous en faites le constat, si on fait un tout petit peu d'histoire récente, on s'aperçoit que la fameuse matrice du BCG selon laquelle quand vous êtes numéro un mondial, que vous avez le double de la part de marché du numéro 2 et que vous êtes sur un marché en croissance forte, normalement vous ne bougez pas de vous êtes. Et c'est ce qui malheureusement est pourtant arrivé à Nokia en l'espace de 7 ans, qui est passé du rang d'indétrônable du BCG en haut à droite à marque en voie de disparition se vendant à quelqu'un alors qu'ils avaient l'outil industriel le plus puissant du monde. Donc on est dans un domaine dans lequel de nouveaux entrants peuvent venir faire sauter le marché à tout moment et à des vitesses qui sont telles qu'au moment vous vous en apercevez, il est déjà trop tard. Quand je suis en forme, ce qui est le cas ce soir et que je suis impertinent, ce qui va être le cas, je m'amuse à constater que ni Alain Minc ni Jacques Attali n'avaient vu Uber ou Airbnb. Et ce n'est pas forcément que leur approche, non, ils l'avaient vu au moment c'est apparu, et ce n'est pas forcément qu'il est peut-être temps de passer à d'autres. C'est surtout qu'il ne pouvait pas le voir et il ne pouvait pas le voir parce que ces phénomènes se déploient à des vitesses qui sont déjà excessives par rapport à ce que nous sommes capables d'assimiler en tant qu'utilisateur. J'en veux pour preuve le gigantesque bêta test qui n'en était pas un, qui a consisté à déployer iOS 7 sur des dizaines de millions d'iPhone et a changé la manière dont vous interagissiez avec une bonne partie des applications de votre iPhone en question. On ne vous a jamais demandé votre avis. Et tout ce changement assez brutal d'interface utilisateur a été décidé par une demi-douzaine de gus à Cupertino et s'est imposé au reste du monde. Même moi, qui suis un geek, si on l'admet humblement, on a mis plusieurs semaines voire pour certains plusieurs mois avant de retrouver nos marques sur nos terminaux. Ça veut donc dire que, a fortiori, le collectif des entreprises ont encore plus de difficultés à, dans un temps très court, comprendre ce que ça va changer pour elle. Et ça veut donc dire, a fortiori, que le collectif suprême qui est la société à maintenant chroniquement un temps de retard. Et la raison pour laquelle Uber et à Airbnb ont pris le monde de vitesse, c'est que au moment on s'est aperçu qu'il faudrait peut-être commencer à envisager de faire quelque chose, ils avaient déjà recruté les meilleurs lobbyistes de la planète