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La question qu'on va se poser c'est : quoi servent les journalistes ?".
En tant que journaliste, ça sera bien pour moi d'avoir, devant moi, face à moi, à travers cet outil en ligne, finalement des gens qui me poseront des questions et qui à leur manière feront du journalisme.
Bonjour à toutes et à tous. Nous sommes en direct avec Christophe Deloire, célèbre journaliste de Reporters Sans Frontières. Bonjour monsieur Deloire. Bonjour Servane, qui est en train de remettre son oreillette.
Merci d'avoir accepté notre invitation. Vous dans les collèges et écoles élémentaires, vous allez suivre une conférence de vingt minutes et vous pourrez ensuite envoyez vos réactions et vos questions à notre conférencier.
Aujourd'hui, quarante-cinq départements français nous suivent, et nous avons aussi la chance d'avoir quelques établissements français à l'étranger. La Côte d'Ivoire, La Croatie, le Ghana, la Gambie, le Maroc. Merci à tous d'être et bonne conférence à tous.
Merci à toi Servane, et merci à vous tous dans toutes les écoles vous êtes d'être avec nous ce matin. Je vais vous parler de journalisme, et tenter de répondre avec vous tous à la question : quoi servent les journalistes ?".
D'abord je me présente en quelques mots. Je suis journaliste. Un journaliste pour vous c'est sans doute d'abord l'image du présentateur du journal de vingt heures, qui tous les soirs entre vingt heures et vingt heures trente, sur l'une des grandes chaînes de télévision, présente les informations. Et souvent les gens, lorsqu'on les interroge, et c'est ce que les journalistes du vingt heures racontent, croient que le journaliste il arrive juste avant et qu'il s'assied, qu'il présente les informations parce que simplement il les a lues quelque part. En fait ça représente un immense travail. Toute la journée il a, avec toute son équipe, décidé, travaillé sur ce qui se passait dans l'ensemble du monde, pour décider de ce qu'il allait présenter le soir. Et puis il y a eu des équipes partout dans le monde, et en France, qui ont effectué des reportages.
En fait le journalisme ça revêt des réalités très très différentes. Vous connaissez peut-être le journaliste sportif, celui qui, lors des matchs vous voyez au bord des stades ou qui commente les compétitions en direct. Il y a les journalistes qui s'occupent des questions de culture, du cinéma, du théâtre, de la musique et qui assistent à des pièces de théâtre, des expositions, mais qui aussi font un travail d'enquête. Il y a des journalistes économiques, il y a des journalistes qui, tout à l'heure avec Servane on était dans la loge tous les deux, je lui demandais ce qu'était un journaliste elle me disait :" C'est quelqu'un qui va au bout du monde pour faire des reportages. " Mais il y a des journalistes qui voyagent beaucoup moins, mais qui, ils sont, font des enquêtes soit parce que leur zone géographique est une zone plus locale, soit parce qu'ils ont d'autres modes de travail.
Donc voilà, il y a beaucoup de choses extrêmement différentes dans le journalisme, et puis il y a des journalistes qui travaillent à la télévision avec la vidéo ou sur internet, d'autres qui font simplement du son avec leur micro, c'est les journalistes de radio. D'autres qui utilisent leurs stylos, leurs ordinateurs, c'est ceux qui font du texte.
Mais, il y a un point commun toujours entre tous ces journalistes, c'est que parmi tous les gens qui s'expriment eux ont l'obligation, c'est leur travail, c'est pour ça qu'ils sont payés, ils doivent vérifier ce qu'ils disent. Leur métier consiste à aller chercher des vérités, pas la vérité avec un grand V, mais des vérités un peu partout.
Servane le disait en présentation, je dirige une organisation qui s'appelle Reporters Sans Frontières et c'est au nom de cette organisation que je vais vous parler. Je demandais tout à l'heure dans la loge aussi à Servane, quelles associations elle connaissait. Servane me parlait de la Croix Rouge, qui s'occupe par exemple des réfugiés partout dans le monde. Elle aurait pu répondre Médecins Sans Frontières, qui va soigner les gens qui sont victimes des conflits, des épidémies, partout dans le monde. Ou Trente Millions d'Amis, qui s'occupe des animaux. L'association que je dirige Reporters Sans Frontières, s'occupe des journalistes qui sont emprisonnés, qui sont tués, qui sont empêchés de travailler partout dans le monde, parce que lorsque les journalistes sont empêchés de travailler c'est des populations entières, c'est tous les citoyens de ces pays, qui n'ont pas accès à une information libre et l'accès à une information libre, le droit à l'information, c'est un droit pour tout le monde, c'est un droit qui est prévu par l'article dix-neuf de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. C'est un droit de l'Homme et c'est pour ça que Reporters Sans Frontières se bat tous les jours partout. On y reviendra.
À quoi servent les journalistes ? C'est le sujet de la conférence d'aujourd'hui. Et à chaque fois que dans une salle, et généralement les conférences je les fais plutôt face à un public, dans une salle je dis qu'il faut fixer les règles d'une conférence pour qu'elle se passe bien. Et je montre ce dessin. Alors ce dessin évidemment c'est une blague de dire qu'à la fois c'est une conférence sur la liberté d'expression et que l'orateur demande le silence. Mais dans beaucoup de pays, ça n'est pas une blague. C'est presque comme ça que ça se passe. Et par exemple c'est le cas dans le pays de l'homme qui va apparaître à l'écran à l'instant.
Cet homme il s'appelle Win Tin, c'est un drôle de nom. Il habitait un pays qui s'appelle la Birmanie. Qui s'appelle aussi le Myanmar. C'est un pays qui est plus loin que l'Inde, juste derrière l'Inde quand on part vers l'Est. Et la Birmanie c'est un pays qui pendant des décennies, des dizaines d'années, a été dirigé par des généraux extrêmement durs et quand je dis qu'ils étaient extrêmement durs ce n'était pas juste qu'ils étaient un peu autoritaires. Ils mettaient les journalistes et tous les opposants, tous ceux qui ne diffusaient pas ce que le gouvernement voulait, dans des prisons horribles, parfois même dans des cages à chiens. Et Win Tin a passé dix-neuf ans dans ces prisons-là. J'ai rencontré un soir à Rangoun qui est la grande ville de la Birmanie. Il avait passé donc dix-neuf ans en prison, pendant lesquels Reporters Sans Frontières l'avait défendu, simplement parce qu'il avait voulu, parce qu'il avait écrit des articles qui déplaisaient au gouvernement, et qu'il voulait la démocratie dans son pays, qu'il voulait que les gens votent. Et je lui ai demandé ce soir-là, c'était avant sa mort puisqu'il est mort depuis, si ça avait valu la peine de passer dix-neuf ans en détention. Et Win Tin m'a répondu oui, parce que la liberté de l'information c'est celle qui permet de vérifier l'existence de toutes les autres. C'est-à-dire que quand il n'y a pas de journalistes libres, il n'y a pas de possibilités de vérifier que tous les droits auxquels les êtres humains ont droit sont respectés par le pouvoir.
Allons dans un autre pays, encore plus loin à l'Est, un plus grand pays il y a un milliard trois cents millions d'habitants. La Chine. Voyez cette image. Alors elle a été prise sans doute des années avant que vous êtes nés. Servane, tu es née en quelle année ?
2005.
Cette image a été prise quatorze ans avant, en 1989. Cette année-là, il y a eu des grands mouvements populaires, des manifestations à Pékin, dans la capitale pour réclamer la liberté. Et puis y a eu un massacre. Des milliers de personnes ont été tuées en une nuit par les militaires. Et puis le lendemain, le lendemain du massacre, lorsque les tanks, les chars d'assaut ressortaient, cet homme s'est mis pour protester face aux tanks. Et ça a été l'une des photos, c'est l'une des photos les plus célèbres du monde. Peut-être que vous ne la connaissez pas, mais dans la plupart des pays, les adultes connaissent cette photo. Mais les Chinois ne la connaissent pas. Parce que cette photo elle est interdite en Chine, parce qu'il y a une telle censure dans ce pays, le gouvernement parvient à tellement restreindre la liberté des gens, y compris sur les réseaux sociaux, que cette photo les Chinois n'y ont pas droit. Le régime chinois a même réussi à faire en sorte que quand on tape Tian'anmen, Tian'anmen c'est le nom de ces événements, c'est le nom de la plus grande place chinoise, ils ont eu lieu, on n'arrive pas à savoir ce qui s'est passé. Et donc c'est tout un peuple d'un milliard trois cents millions d'habitants, qui est privé d'une partie de son histoire. C'est comme si nous en France on ne savait pas ce qui s'était passé il y a quelques années. Comme si on ne savait rien de la vie politique réelle. Et les Chinois sont empêchés de connaître cette photo, mais aussi de connaître la réalité du parti communiste qui dirige aujourd'hui la Chine. Il y a des pays qui sont encore pires.
Tu sais c'est l'Érythrée ?
Non.
Tu as le droit de ne pas le savoir. C'est un petit pays l'Érythrée. L'Érythrée c'est un pays qui est dans cette région qu'on appelle la corne de l'Afrique, c'est-à-dire tout à fait à l'Est de l'Afrique vers la mer Rouge. C'est un pays qui a acquis son indépendance après une longue guerre avec un autre pays, les choses étaient extrêmement difficiles, l'Éthiopie, et un jour malheureusement, en 2001, le dirigeant de ce pays, le père de la révolution s'est transformé en affreux dictateur. Et il a mis tous les journalistes en prison. Il les a mis dans des camps beaucoup sont morts les uns après les autres. Alors ce qu'on voit à gauche, sur l'image là, c'est un photomontage. Ce n'est pas un vrai journaliste érythréen. Il est écrit au-dessus, vous avez peut-être vu, cet homme n'est pas un joueur de rugby c'est un journaliste érythréen. C'est pour dire que la violence qu'il peut y avoir, et qui est sportive qui est normale dans les matchs de rugby, c'est des coups de poing qu'on inflige aux journalistes qui veulent faire leur travail. Mais à droite c'est un vrai personnage. Il s'appelle Dawit Isaak. Il est Suédois et Érythréen, il avait choisi de rentrer dans son pays et il est en prison depuis 2001, sans que l'on sache exactement il est comme encore une vingtaine d'autres journalistes érythréens. Et c'est un pays il y a dix-mille détenus simplement parce qu'ils ont des idées politiques qui ne correspondent pas au gouvernement. Pas parce qu'ils ont volé, pas parce qu'ils ont tué, pas parce qu'ils ont fait des choses qui sont répréhensibles, simplement parce qu'ils se sont exprimés et qu'ils n'étaient pas d'accord avec le gouvernement. On va passer à l'image suivante.
Là, alors je vous appelle à vous méfier, parce que cette image elle n'est pas vraie, c'est un photomontage. Elle a été réalisée par Reporters Sans Frontières. C'est le président chinois, il s'appelle Xi Jinping, et c'est une manière de vous montrer, une manière un peu humoristique, la manière dont le président chinois comme le président érythréen et comme malheureusement comme trop d'autres présidents, considèrent la liberté de la presse.
Alors est-ce que les journalistes sont encore utiles ? Parce qu'on pourrait dire, tu pourrais dire, vous pourriez peut- être dire, qu'avec Facebook, avec les réseaux sociaux, avec toute l'information qu'on échange aujourd'hui, il n'y a pas besoin de journalistes. On peut savoir. Il suffit d'aller sur les réseaux sociaux et tous les gens écrivent ce qu'ils voient et on a tous accès à l'information envoyée par les autres citoyens, par les autres internautes, ceux qui sont aussi sur les réseaux sociaux. Alors sur les réseaux sociaux, sur internet y a beaucoup de choses. Il y a des vidéos qui n'ont rien à voir avec l'information et qu'on va regarder. Ça peut être des vidéos de chats, de funny cats, des chats amusants. Ça peut-être des vidéos de Norman, peut-être tu regardes Norman parfois. Oui.
L'humoriste. Comme beaucoup de gens de ta génération. Ça peut être des copains et des copines qui postent, qui mettent en ligne des informations sur leur vie. Mais ça, ce n'est pas de l'information utile pour les citoyens. Ce n'est pas une information utile pour faire ce que vous ferez tous plus tard, si vous avez envie de voter, choisir un président de la République ou prendre des décisions pour votre vie, sur votre métier, les pays vous voudrez aller, et vous aurez besoin de savoir ce qui s'y passe vraiment, de connaître la réalité du monde et quand je dis du monde ça englobe ce qui se passe autour de nous. Tout ce que vous apprenez en classe, par exemple la géographie. Vous apprenez se situe telle ville, se situent les fleuves. Généralement les fleuves et les villes ils restent longtemps au même endroit. Mais dans une ville par exemple, la veille il a pu y avoir une fête de village ou une élection, on a élu le maire, ou une action négative, un attentat, même si heureusement, il y en a trop souvent, mais c'est rare dans nos villes. Et ça, ce sont des informations dont on a tous besoin en tant que citoyens, et les journalistes ils servent à porter ça.
Donc, a -t-on besoin des journalistes ? Oui. Je vais vous donner un autre exemple pour être plus clair. Un exemple qui peut-être vous parlera. Tu reconnais ?
Oui ce sont les hamburgers du McDonald.
Voilà ce sont des burgers. Désolé pour la publicité pour McDonald ça n'est pas le but. Vous voyez qu'il y en a deux de manière très différente, et même si vous ne parlez pas l'anglais au-dessus de celui de gauche il est écrit "Advertisement". Ça veut dire publicité. À droite, c'est la réalité du burger. Un journaliste, ça sert à ça. Ça sert à vous montrer la réalité, quelqu'un vous a dit que la réalité était beaucoup plus belle qu'elle n'est en fait. Et très souvent on est tous soumis à des messages publicitaires. D'abord, parce que dans le champ global de la liberté d'expression, les hommes politiques, les dirigeants d'entreprises, tout le monde, nous, on a tendance à raconter ce qui nous arrange. Ça nous arrive à tous. Les journalistes, ils servent à aller enquêter, à aller voir sur place, à ouvrir la boîte du burger pour montrer à quoi il ressemble et pour montrer que ce n'est peut-être pas exactement comme ça sur la publicité. Et ce qui est vrai pour les burgers, c'est vrai pour l'ensemble de la réalité. Et pour des réalités qui sont parfois plus tragiques. Et par exemple c'est le journal Le Monde, qui est un grand quotidien français que tu connais peut-être.
J'ai déjà entendu parler.
Alors sans doute tu n'achètes pas très souvent des journaux. Mais peut-être tu regardes sur des sites des informations, puis toi, vous, vous le ferez de plus en plus. Et les rédactions, ces journaux, ces télévisions qui rassemblent des journalistes, elles doivent nous montrer les réalités. Et par exemple les réalités de la guerre. Et cette Une du journal Le Monde elle est sur la guerre en Syrie, et elle a raconté et le Monde a réussi à faire ça, à prouver que des attaques au gaz, des attaques chimiques, avaient été lancées par le régime syrien sur des enfants, des femmes, des hommes. Et pour savoir ce qui se passe en Syrie, on ne peut pas faire confiance à lui, celui qui va apparaître à l'écran bientôt. Tu le connais ? Non.
C'est normal. C'est Bachar el-Assad. C'est le dirigeant syrien. C'est lui qui a refusé en mars 2011 que les citoyens qui manifestaient pour avoir des droits, simplement pour voter librement, c'est lui qui a fait en sorte d'abord de réprimer dans le sang. C'est-à-dire il a lancé une guerre civile. On ne peut pas lui faire confiance à lui, mais on ne peut pas non plus lui faire confiance à lui. Lui, c'est le chef d'une organisation dont tu as sans doute entendu parle, lui s'appelle al Baghdadi. C'est le chef d'État Islamique. Tu sais, cette organisation qui récemment a commandité des attentats à Paris. Mais on ne peut pas faire confiance à el-Assad, le précédent, on ne peut pas faire confiance à al-Bagdadi pour savoir ce qui se passe, on ne peut pas non plus totalement faire confiance aux armées, aux armées étrangères qui bombardent. On ne peut pas faire confiance au président russe. Et donc il y a des gens dont le rôle est d'aller voir sur place, dont le rôle est de téléphoner à tout le monde, de rencontrer tout le monde pour vérifier ce qui est vrai, et c'est les journalistes, et c'est eux. C'est eux, ce sont des journalistes qui prennent des risques pour aller sur le terrain. Alors les journalistes, ce ne sont pas des gens parfaits, ils peuvent se tromper. Parfois, même s'il se passe des événements dans une même ville, quand on est dans un quartier on ne voit pas ce qui se passe dans l'autre quartier. Ou on parle à des gens qui nous racontent une version de la réalité, mais il y a d'autres versants de la réalité. Donc, c'est compliqué parce que ce que les journalistes nous racontent ce n'est pas parfait. Mais c'est quand même beaucoup plus fiable, on peut leur faire beaucoup plus confiance qu'à tous ceux que j'ai montrés avant. Voilà à quoi servent les journalistes.
Et là, on va faire un petit quizz. Vous le voyez, je pense à l'antenne.
Vous pouvez aussi d'ailleurs y répondre.
Pour vous dévoiler la réalité du monde d'aujourd'hui, si vous avez envie de la connaître, sur qui comptez-vous en premier ? Votre cinq-centième ou cinq-cent unième ou peu importe, amis Facebook ? Vladimir Poutine ? J'ai déjà parlé de Vladimir Poutine qui c'est ?
C'est le président de Russie.
C'est le président russe, bravo. On s'est amusé à écrire Tata DD ou Tonton GG, c'est-à-dire nos proches ? Le PDG de McDonald ? C'est la réponse D. Ou un journaliste qui essaie de faire le mieux possible son travail, même si hélas (inaudible) et des énormes défauts.
Moi je dirai plus mes proches.
C'est à tes proches que tu fais le plus confiance ?
Oui.
Pourquoi ?
Parce que mes proches ou ceux de ma famille, je ne sais pas, c'est ceux à qui je fais le plus confiance.
Mais alors si c'est pour te raconter, c'est normal de faire confiance à ses proches, sur ce sur quoi ils sont le mieux placés pour te répondre. Mais si c'est pour te dire ce qui se passe un peu loin, des proches ne sont pas allés, c'est peut-être mieux de faire confiance à quelqu'un qui s'est rendu sur place, qui a essayé de regarder, qui a utilisé des méthodes. Alors tes proches, eux, peut-être ils peuvent te dire, t'aider parmi tous ceux qui disent ce qui se passe dans un pays, à l'extérieur y compris en France, s'ils ne sont pas eux-mêmes allés voir, s'ils ne sont pas eux-mêmes allés poser la question, qui puissent te dire quel journaliste ou quel site internet ou quel journal est le plus fiable. Mais, c'est important de voir quelqu'un qui est allé voir sur place, parce que le risque sinon c'est qu'au fond, comme dans une cour d'école, et ça vous est arrivé, tout le monde se transmet des rumeurs. Tu sais le untel m'a dit que, untel m'a dit que, untel m'a dit que, untel m'a dit que, qu'untel m'a dit que. Et à la fin on a l'impression que c'est sûr parce que c'est un proche qui nous a dit, donc c'est vrai. Mais s'il n'a pas du tout vérifié, si lui le tient de quelqu'un qui lui-même n'a pas, comme ça partout dans le monde, il y a des rumeurs et on finit par croire des choses qui sont fausses. Et donc, c'est important évidemment de pouvoir faire confiance à ses proches, mais c'est aussi important de pouvoir avoir un regard de quelqu'un dont le métier ou la fonction consiste à vérifier et d'utiliser les deux.
Sans journalistes, à quoi ressemblerait le monde ? Sans journalistes, le monde serait peut-être en apparence beaucoup plus beau qu'il ne l'est. Il y avait en Russie à une époque, l'une des dirigeantes de Russie qui s'appelait Catherine de Russie. Quand elle passait quelque part, on lui mettait des décors, on appelait ça des décors Potemkine, c'était pour lui faire croire que tout était merveilleusement joli dans les villes. Et puis derrière, derrière le décor, ça ne ressemblait pas du tout. Et s'il n'y avait pas de journalistes, le monde au fond, il ressemblerait à un décor. Et c'est ce qu'on va essayer de montrer à travers une petite vidéo avec une petite musique de Noël.
(vidéo)
Le premier personnage de cette vidéo, c'était Vladimir Poutine. J'aurais peut-être vous le dire avant parce qu'il y a une question dans votre quizz. Il tenait quelque chose dans ses mains. Donc, le président des Russes, Vladimir Poutine. Tous, c'étaient des dirigeants de leur pays, c'étaient des dirigeants de dictature, c'étaient des gens qui ont des gens qui les aident pour faire des photos ils tiennent un petit chien, ils fêtent un anniversaire, ils sont dans une fête. Ils font croire que c'est ça leur quotidien, alors qu'en fait, ils sont en train de mettre des gens en prison, alors qu'en fait, ils sont en train de s'enrichir sur le dos de leur peuple. Et le risque s'il n'y avait pas de journalistes pour vérifier, c'est qu'on ait que cette propagande, c'est-à-dire ces images fausses destinées à nous tromper. Et si on devait être trompé, c'est toute notre liberté qu'on perd. Qui est responsable si parfois on est trompé ? Les responsables, c'est ceux qui nous mentent évidemment. Et ceux qui nous mentent, ça évidemment c'est aussi un photomontage, ça peut être des dirigeants, des entreprises qui veulent nous vendre à travers la publicité leurs produits, ça peut être des groupes religieux radicaux qui nous disent qu'ils veulent faire le bonheur sur Terre et qui en fait, commettent des actes très violents sur les personnes, ça peut être tous ceux qui manipulent l'information. Il y en a beaucoup des gens payés pour ça, et eux, ils sont responsables. Mais s'il y a des gens qui nous mentent ou si on ne connaît pas la réalité, il n'y a pas qu'eux, il y a d'autres responsables. Et les responsables, ça peut être nous tous, quand on se bouche les yeux, quand on décide de ne pas regarder la réalité telle qu'elle est. Ça peut présenter une forme de confort de ne pas regarder la réalité telle qu'elle est. On est bien, on a nos certitudes. Le journalisme, c'est un métier qui consiste, pour tout le monde, et pas simplement pour les journalistes, pas pour les journalistes d'ailleurs, pour nous tous, à nous surprendre parfois, à remettre en cause des choses qu'on pensait. Et moi je vois très souvent des gens, je me dit je suis allé quelque part, j'ai vu un événement, j'y ai assisté directement, et je vois des gens qui ne se sont pas levés de leur fauteuil et qui disent "C'était comme ça", juste parce qu'ils ont des certitudes. Les certitudes, c'est extrêmement dangereux pour nous tous parce qu'on est prisonniers de nous-mêmes, on finit par être dans des prisons invisibles. Et quand on ferme les yeux, ça peut nous arranger. Mais il vaut mieux, et c'est une expression d'un grand poète français, Charles Péguy, "Il vaut mieux penser contre soi-même", c'est-à-dire remettre en cause ce qu'on pense. Et quand on a l'idée que dans tel pays, c'est comme ça ou comme ça, ou que dans tel milieu social en France qu'on ne connaît pas, c'est comme ça ou comme ça, ça vaut la peine d'aller regarder. On peut y aller tout seul, mais les journalistes nous aident aussi à voir, à penser et donc, à être sûrs de nos choix, à faire des bons choix parce que ces choix ne sont pas fondés sur des informations fausses, quels que soient les choix qu'on fait. Ça, c'est essentiel.
Je vais juste terminer en vous parlant un peu de Reporters Sans Frontières, l'organisation que je dirige. C'est une organisation internationale, on a cette chance, qui est connue dans le monde entier. C'est une organisation française, son siège est à Paris. Elle a été créée dans le sud de la France à Montpellier il y a trente ans. C'est une organisation qui aujourd'hui a des bureaux dans douze villes dans le monde. sur la carte, on a un bureau aux États-Unis, le pays en jaune à gauche, à l'Ouest; on a un bureau au Brésil, à Rio de Janeiro, la ville il y aura bientôt les Jeux Olympiques. On a des bureaux en Afrique du Nord, à Tunis, en Europe et puis on est en train d'en ouvrir un à Hong Kong. Le pays tout en noir, à droite, à l'Est, la Chine. Et on a des correspondants dans cent-trente pays.
Et qu'est-ce qu'on fait ? D'abord, on fait un classement mondial de la liberté de la presse, qui est connu dans le monde entier. C'est un outil pour donner des repères. Les pays la liberté de la presse est la plus dure, les journalistes sont mis en prison, ce sont les pays en noir. Vous voyez peut-être en Afrique : le Soudan ; sur la péninsule Arabique, c'est-à-dire un peu plus à droite en haut, l'Arabie Saoudite, l'Iran ou la Chine dont je parlais tout à l'heure. Puis il y a des pays en blanc, ce sont des pays ça se passe mieux. Ce n'est pas parce que c'est des pays du Nord il y a de la neige s'ils sont en blanc, c'est que la liberté de la presse est la plus grande. Le pays la liberté de la presse est la plus grande dans le monde, c'est la Finlande. La Finlande, qui est l'un des pays scandinaves tout au Nord de l'Europe et qui depuis très longtemps est le premier pays, le pays la liberté est la plus grande. La France, elle est en jaune, vous voyez que ce n'est pas parfait en France. Même si on a de la chance quand on est un journaliste en France, on peut faire son travail sans risquer d'aller en prison, sans risquer d'être tué. Enfin en tout cas, on pouvait le dire avant Charlie Hebdo parce que maintenant, le risque peut venir de très loin. Charlie Hebdo, ce journal avec des humoristes, huit journalistes, huit membres de la rédaction ont été tués en janvier 2015. Et la France est trente-huitième au classement mondial de la liberté de la presse. Tu le savais, tout à l'heure tu m'en as parlé avant que cette conférence commence.
Et puis Reporters Sans Frontières aident des gens. Parce que les journalistes dont je vous parle, je vous parlais tout à l'heure de la Syrie, il y a beaucoup de journalistes syriens qui sont aujourd'hui dans le Sud de la Turquie, réfugiés et il faut qu'ils puissent continuer leur métier. Ou ça peut être une journaliste dans un pays d'Afrique, comme le Rwanda, qui a été obligée de fuir son pays parce que les services secrets de son pays la poursuivent et nous on l'aide pour qu'elle puisse faire le travail que je décrivais tout à l'heure. À Reporters Sans Frontières, on fait des actions partout dans le monde, sur le terrain, on donne des outils aux journalistes pour leur sécurité. Alors leur sécurité physique : des casques, des gilets pare-balles. Si tu venais ou si vous veniez tous un jour au siège de Reporters Sans Frontières, vous verriez tout ce matériel. Et puis, on leur donne aussi des outils pour protéger leurs ordinateurs parce qu'aujourd'hui, les pouvoirs aiment bien aller dans les ordinateurs des journalistes pour vérifier qui leur parle, pour essayer d'empêcher que les secrets soient levés. Et puis on va aussi s'adresser aux personnes les plus puissantes du monde, dans les grandes organisations comme l'ONU. Tu connais l'ONU ?
Non.
L'Organisation des Nations Unies, c'est l'organisation qui rassemble tous les pays et dont le siège est à New York. On va voir les dirigeants, les présidents des pays, on leur demande, on insiste, on fait pression, d'adopter des meilleures lois pour la liberté de la presse ou de libérer telle ou telle personne. Et par exemple, je vais finir par ça, demain, je vais partir à Istanbul. Istanbul, c'est en Turquie. La Turquie, c'est un pays dont on parle beaucoup en ce moment. Vous en avez peut-être entendu parler à propos des affaires de migrants et des négociations avec l'Union européenne ? J'y vais parce que vendredi, commence le procès d'un journaliste. C'est un très grand journaliste, c'est quelqu'un qui toute sa vie a combattu pour la vérité, qui a travaillé à la télévision turque, fait quarante livres. Il a fait des révélations qui sont très importantes pour tout le monde, et y compris pour nous tous. Il a révélé, ça va peut-être vous paraître très loin, mais si vous y réfléchissez longtemps, ça va vous paraître plus proche, il avait révélé que les services secrets turcs, c'est-à-dire le gouvernement turc, mais de manière cachée, avaient livré des armes à des terroristes, à des groupes islamistes au Nord de la Syrie. Et le président turc, qui s'appelle Erdogan, a été très mécontent. Il a déposé plainte, il a demandé que ces deux journalistes soient condamnés à la prison à vie et qu'ils aient même plusieurs peines chacun de prison à vie, c'est-à-dire qu'ils restent en prison pour toujours. Et je vais défendre un journaliste qui s'appelle Can Dündar. Il a été emprisonné en novembre. On a beaucoup travaillé. On a organisé des choses partout dans le monde pour le défendre, pour que les Etats fassent pression sur la Turquie, pour qu'ils disent à la Turquie "Non, non, non, libérez-le. " Il a été libéré de sa détention provisoire, c'est-à-dire avant son procès. Mais il y a un risque que vendredi, il retourne en prison. Et Reporters Sans Frontières va tout faire pour que ce ne soit pas le cas parce que ce serait évidemment terrible pour lui. Et puis, ça serait terrible pour tous les Turcs parce que peu à peu des journaux, je ne cite qu'un seul cas parmi tant d'autres, sont fermés, parce que les Turcs ensuite n'ont plus droit qu'à l'information officielle qui vient directement du gouvernement qui dit ce qu'il pense. Et c'est de plus en plus difficile de savoir dans ce pays ce qu'est la réalité. Et puis, comme il y a tellement de liens entre les pays, si on ne sait pas la réalité en Turquie, si on ne sait pas la réalité en Syrie, si on ne sait pas la réalité en Chine, ça a des influences sur nous. Et c'est pour ça qu'on se bat. Et c'est pour ça que la liberté de la presse, ce n'est pas quelque chose que pour les journalistes, c'est quelque chose pour nous tous. Voilà, j'ai essayé de répondre à la question qu'on avait posée.
Merci beaucoup pour cette conférence. C'était vraiment très intéressant. Maintenant, vous, depuis votre classe, vous allez pouvoir envoyer vos réactions et vos questions à l'adresse qui s'affiche au bas de votre écran. Monsieur Christophe Devin, nous allons pour commencer par une…
Tu peux dire Christophe. On a décidé de se tutoyer avant, donc tu vas dire Christophe et je vais dire Servane.
Christophe, nous allons commencer par une question de Lena, CM2, Douarnenez, école Jules Verne. “À quel âge avez-vous eu envie de faire ce métier ?”
J'espérais que quelqu'un allait poser cette question. Je l'ai eu à votre âge. Et je vais vous raconter une anecdote personnelle. Des années plus tard, ma mère a retrouvé une cassette que j'avais enregistré quand j'avais huit, neuf ou dix ans je racontais, avec ma sœur on faisait des fausses émissions de radio, je faisais comme si j'étais devenu journaliste. Et j'en ai eu envie très tôt. J'ai eu d'autres envies aussi, je voulais faire aussi d'autres métiers, mais celle-là elle était très forte. Et j'ai eu une chance, c'est que, c'était mon rêve et j'y ai cru. Et je pense que c'est une chose que chacun doit faire. Tu verras, Servane, dans la vie on fait bien ce qu'on aime faire, d'abord, on fait bien ce qu'on a envie de faire. Il ne faut pas renoncer à ses rêves. Il faut sans doute travailler beaucoup. C'est évidemment utile de faire les meilleures études possible, il n'y a pas que ça. Et on peut réaliser ses rêves même si on n'y arrive pas. En revanche, il ne faut pas y renoncer. J'avais huit ou dix ans, je venais d'un tout petit village, beaucoup plus petit que la ville dans laquelle on se trouve là. J'avais envie de découvrir, sans doute de voyager, mais aussi d'aller découvrir des mondes qui n'étaient pas le mien, de découvrir des gens très riches, des gens très pauvres, d'aller rencontrer des policiers, d'aller rencontrer des délinquants. Le journalisme, c'est une profession qui permet de se retrouver à des endroits on ne se serait jamais retrouvé autrement.
De Cylia, Beauvais, école Alphonse Daudet. “Quand vous faites un reportage dans un pays pauvre, avez-vous pitié ?”
C'est une très bonne question. Évidemment qu'on peut ressentir des choses très fortes quand on est journaliste et parfois extrêmement dures. Alors l'important, c'est de garder sa lucidité, c'est-à-dire sa clarté d'esprit, de voir les choses telles qu'elles sont et de les raconter. Et parfois, évidemment quand on est sur place, on se dit qu'on aimerait aider, mais on est pour autre chose et on ne peut pas résoudre les problèmes de tout le monde. Et on croit au fait que le fait d'exposer les choses, c'est-à-dire de raconter ce qui se passe, permet que d'autres personnes les résolvent. Si on ne raconte pas que dans tel pays d'Afrique, il y a une épidémie et qu'il faut soigner les gens, alors il n'y aura pas de labos pharmaceutiques ou de gouvernements pour venir apporter des solutions. Les journalistes permettent de lancer des alertes comme ça, d'attirer l'attention du monde sur ce qui se passe. Par exemple, pendant la Seconde Guerre mondiale, il n'y a pas eu de journalistes qui sont allés dans ce qu'on appelait à l'époque les camps de concentration. Il y avait très peu de choses dans les journaux. Alors, il y avait sans doute d'autres raisons, c'est très compliqué, vous pouvez en parler avec vos instituteurs, mais quand quelque chose n'est pas évoqué, il n'y a pas de mobilisation pour aller résoudre ces problèmes. Et c'est pour ça que c'est important qu'il y ait des journalistes qui aillent voir aussi.
Maintenant, une question de Wassil, CM2, école Lavoisier d'Orléans. “Vous n'avez pas peur d'exercer le métier de journaliste ?”
Non, je n'ai jamais eu peur. Je ne suis pas allé au milieu de la guerre, ça tire. Et c'est vrai que quand vous regardez parfois le journal de vingt heures et que vous voyez des gens qui tirent dans tous les sens, c'est très dangereux. C'est très dangereux d'ailleurs parce qu'il y a plus de plus en plus de guerriers, de belligérants comme on dit, qui visent les journalistes exprès parce qu'ils considèrent que le journaliste travaille pour le camp d'en face, ce qui n'est pas vrai, mais ils considèrent ça. Ça, c'est un métier dangereux et on risque d'être pris en otage. Moi, j'ai fait beaucoup d'enquêtes. Il m'est arrivé de rencontrer des gens qui étaient accusés de terrorisme, soit en France, par exemple en Corse, soit à l'étranger. Je suis allé voir des gens qui ont inspiré même des grands terroristes. Récemment, l'un des dirigeants du Soudan est mort, il était considéré comme l'un des grands dirigeants à une époque de ces mouvances-là. Je suis allé le rencontrer. Il m'est arrivé d'avoir des gens qui disaient "Fais attention" de manière un peu menaçante, mais j'ai eu la chance de vivre sans grand danger. Quand même, si on fait un peu attention, ça n'est pas du danger tous les jours. L'essentiel, c'est d'avoir envie d'y aller et de voir.
De Matéo, CM2, Sainte-Hélène. “Combien de journalistes sont morts à cause de leur travail cette année ?”
Chaque année, il y a à peu près soixante-dix journalistes qui sont tués dans l'exercice de leurs fonctions. Je ne parle évidemment pas des journalistes qui ont des accidents de voiture ou qui meurent comme les autres, mais juste parce qu'ils sont journalistes. C'est le cas dans des pays en guerre, mais en fait les pays les plus dangereux, c'est aussi des pays qui sont en paix, il n'y a pas de guerre. Je vous donne un exemple qui est le Mexique. C'est juste sous les États-Unis, le Mexique. C'est un pays il y a beaucoup de mafieux et même les dirigeants politiques souvent sont liés à la Mafia. Et les journalistes sont souvent visés parce que dès qu'ils font une enquête, la mafia fait en sorte de les tuer : les trafiquants de drogue, les trafiquants de prostitution. Je parlais tout à l'heure de Charlie Hebdo, il y a eu huit morts en France. Et pourquoi ? Parce qu'ils ont fait des dessins qui étaient drôles pour leur public, qui n'étaient pas des dessins agressifs. Mais au bout du monde, il y a des gens, par exemple dans un pays comme le Yémen que ça a énervé au point que ces gens ont eu envie d'envoyer des tueurs. Les tueurs sont venus de France. C'est un des problèmes d'aujourd'hui, c'est que quand on met quelque chose sur internet, ça peut être vu au bout du monde par des gens très bien et aussi par des fous furieux extrêmement violents et qui ont envie de commettre un acte. Et ça, c'est très inquiétant parce que le journalisme, ça doit aussi servir à nous ouvrir sur d'autres civilisations, d'autres manières de penser et il ne faut pas croire que nous en tant que pays, la France, on a toujours raison, que nous on serait nécessairement toujours du côté du bien et que les autres seraient des méchants. Le journalisme, ça doit nous aider à penser de manière un peu plus subtile que ça. Mais il y a des gens qui ne supportent pas la liberté d'expression, qui voudraient parce qu'ils pensent quelque chose, que nous on soit empêchés de le critiquer. C'est normal de ne pas appeler à la haine de quelqu'un. C'est normal qu'il y ait des champs de la liberté d'expression, c'est-à-dire des parties de la liberté expression qui disent "Non, ça on ne le dit pas" : appeler à la violence, au crime, à la haine. En revanche, si on pense quelque chose du point de vue politique, philosophique, enfin quoi que l'on pense, on doit être libre de l'exprimer. Et on doit être libre d'exprimer qu'on ne pense pas la même chose que les autres. Et c'est ce qui fait de nous des êtres humains dignes qui peuvent progresser en réfléchissant. Et aujourd'hui, on est de ce point de vue dans un monde dangereux il y a beaucoup de gens qui voudraient contrôler ce qu'on pense, l'information. Et ça, on doit tous d'une certaine manière se battre pour ça, pour éviter ça.
Ensuite nous avons une question de Jeanne CM2 École Notre Dame du Plasker à Locminé en Bretagne. "Est-ce qu'il vous est déjà arrivé de voir des choses choquantes?"
J'essaie de réfléchir… J'ai vu beaucoup de choses dans ma vie de journaliste… ben voyez, oui, je pense à une chose… Tout à l'heure je vous parlais de terroristes en Corse, sur cette île au sud de la métropole, dans la Méditerranée. Il y a des mouvements politiques qui commettaient des attentats, et je connaissais bien l'un des dirigeants de ces mouvements politiques parce que quand j'enquêtais j'allais voir des policiers, j'allais voir des gens de ces mouvements politiques pour essayer de comprendre et savoir vraiment ce qui se passait. Et l'un d'entre eux je le voyais assez souvent. Et un jour je me suis retrouvé, j'étais une nuit à l'hôtel au sud de la Corse, et j'ai reçu un coup de fil à quatre heures du matin et on m'a dit qu'il avait été assassiné. Et c'était à vingt minutes de voiture et je me suis retrouvé la, pas très loin du corps de quelqu'un que je connaissais, qui avait été assassiné, et à voir sa femme qui était évidemment dans une détresse terrible. Et ce sont des moments évidemment on vit des choses qui sont, enfin la mort d'un homme, d'une personne c'est, quelle qu'elle soit, c'est toujours extrêmement choquant. Mais on ne voit pas que des choses terribles quand on est journaliste. J'ai eu la chance de faire des choses extrêmement différentes. J'ai eu la chance d'aller interviewer les présidents de la République, de faire des voyages en hélicoptère, en avion, avec des ministres. D'aller aux Jeux Olympiques en Australie, couvrir les Jeux Olympiques, de voir des agents secrets, de voir des terroristes, de voir des milliardaires, de voir des SDF, des gens très pauvres… et d'être le même avec tous. Et de faire ce que vous faites tous ce matin, c'est-à-dire poser des questions. Et poser des questions pour essayer de comprendre, et de comprendre le mieux possible et pouvoir le rapporter à tous ceux qui voulaient lire ou regarder les reportages que je faisais.
De Yanis, Noyon, Ecole Weissenburger. "Pourquoi les Chinois ne peuvent-ils avoir accès à la photo avec le char ?"
Parce qu'en Chine, je le disais, qui est un pays d'un milliard trois cents millions d'habitants et dirigé par un parti qui veut tout diriger, sans discussion. Et surtout sans que les gens sachent certaines choses. Et donc il y a des médias officiels. Il y a des télévisions qui ne rapportent que ce que le parti leur dit de dire. Et les médias qui ne sont pas les médias officiels, il y a plus de mille directives, c'est à dire plus de mille fois par an, il y a un ministère qui leur dit voilà ce que vous devez dire, voilà ce que vous ne devez pas dire. Par exemple, le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters Sans Frontières dont je parlais, et bien chaque année, à tous les journaux est envoyé une lettre, c'est électronique évidemment, pour dire vous n'en parlez pas. Et il y a des pans de la réalité comme ça dont on n'a pas le droit de parler. C'est comme si, par exemple, et ce n’est pas ce qui se passe, en France François Hollande, le président de la République disait les partis de droite, les Républicains, vous n'en parlez pas, et vous ne parlez que du Parti Socialiste. Et vous dites que c'est bien ce qu'on fait. Vous ne critiquez jamais. Et s'il y a une affaire de corruption, interdit d'en parler, sauf au moment je le décide. Et si vous décidez d'en parler, vous irez en prison. Et il y a beaucoup de journalistes en prison, voilà ce qui se passe… Et donc, un Chinois, qu'est -ce qu'il connaît du monde ? Il connaît essentiellement ce que le pouvoir a décidé qu'il saurait. Le pouvoir, il a été décidé qu'on ne parlait pas du fait qu'il pouvait y avoir des manifestations en Chine. Ah ça c'est un pays quand y a des manifestations dès qu'elles sont un peu grandes, on fait en sorte de les supprimer, et on n'en parle pas. Je montrais tout à l'heure, quand on tape par exemple "manifestations", il n'y a rien qui apparaît sur les moteurs de recherche. Et donc, c'est comme si on vous coupait une partie du monde sans même que vous le sachiez. Et ça c'est possible grâce à des outils technologiques. C'est possible grâce à des lois. C'est possible grâce à des intimidations, grâce à des peines de prison, à tout le contrôle de l'information. Et donc ceux qui ont le pouvoir, pendant ce temps-là, ils peuvent prendre les richesses pour eux par exemple. Il y a eu des révélations, il n'y a pas très longtemps, disant qu'un Premier ministre que les Chinois adoraient, et bien en fait sa famille elle avait pris des milliards d'euros. Ça a été publié dans un journal étranger, le New York Times, un journal américain, mais les Chinois eux, ils n'en ont rien su. Eux, ils voient juste les jolies photos comme sur la vidéo qu'on a montrée tout à l'heure.
Maintenant nous avons une question de Anna CM2 de Zagreb en Croatie, donc bonjour la Croatie, École française de Zagreb. "Est-ce que les journalistes peuvent parler de tout dans les journaux, y a-t-il y a des sujets tabous ?”
Dans quel pays ? Tu ne sais pas non plus. Bon la réponse, évidemment ça dépend. Tout à l'heure je parlais de l'Érythrée ce petit pays qui est le dernier au classement mondial de la liberté de la presse, le pire derrière la Corée du Nord, évidemment pas. Dans les pays démocratiques, les journalistes ne risquent pas la prison. Alors parfois il peut y avoir des moyens de contrôler l'information. C'est-à-dire qu'il peut y avoir des dirigeants de médias, les gens qui possèdent les médias, qui peuvent demander qu'on ne parle pas trop de telle ou telle chose. Mais, on a quand même de la chance, on est dans un pays il n'y a pas de grandes informations qui n'apparaissent pas quelque part. Il y a des problèmes qui sont assez compliqués à expliquer là. Il y a parfois des journalistes qui peuvent s'intéresser trop à tel sujet et pas assez à tel autre. Les journalistes sont énormément critiqués. Si vous demandez autour de vous on vous dira que les journalistes, ça vient après les politiques dans la confiance. Les gens souvent n'aiment pas les journalistes. Pour des bonnes raisons, parce qu'ils peuvent trouver que les journalistes parlent trop de ça ou pas assez de ça. Et parfois, et assez souvent pour des mauvaises raisons, juste parce que les journalistes ne disent pas, ne vont pas exactement dans le sens de ce que les gens pensent. Pour être un être libre, il faut être libre de nos mouvements, d'aller et venir, d'aller regarder sur internet ou sur son téléphone ce qu'on veut. Il faut aussi être libre vis-à-vis de ce qu'on pense nous-mêmes. Et l'éducation, comme le journalisme ça aide à nous sortir de nous-mêmes. Parce qu'on a tous des choses, et vous, vous êtes très jeunes, vous avez cette chance, je crois, vous avez de huit à douze ans. Il y a des choses que vous pensez aujourd'hui, vous penserez peut-être le contraire demain. Il y a des choses sur lesquelles vous avez des certitudes absolues, peut-être vous penserez le contraire, et c'est bien, c'est comme ça qu'on progresse, c'est comme ça qu'on avance, c'est comme ça qu'on se libère. Alors après il faut se méfier parce que partout il peut y avoir des gens qui disent moi je détiens la vérité, croyez-moi. Moi je dis la vraie vérité, mais en fait, n'ont pas vérifié et essaient de manipuler. Et c'est très compliqué. C'est sans doute le plus compliqué d'aller savoir à qui on peut vraiment faire confiance. Mais ça, c'est à l'usage, c'est parce que progressivement vous aurez compris qu’à tel endroit, sur tel site internet, les choses sont mieux vérifiées qu'ailleurs, que ce ne sont pas juste des gens qui inventent en disant, mais c'est moi, c'est ma vérité. Et ça, il y a de plus en plus de choses et c'est de plus en plus compliqué sur internet de distinguer l'information, ou les journalistes, ou les gens qui l'ont produit ont travaillé avec des règles d'honnêteté. C'est à dire ont été exigeants dans les principes, n'ont pas juste défendu leurs intérêts en disant… parce qu'on peut trouver ça sur internet, c'est-à-dire quelqu'un qui dit : voilà la vérité, et en fait c'est quelqu'un qui dit : ce produit est génial, cet homme ou cette femme est génial, juste parce que c'est dans leur intérêt de nous le vendre. Et donc il faut regarder ceux qui ont travaillé avec méthode. Et la méthode pour un journaliste, et c'est une grande expérience de vie qu'on peut tous faire, c'est que par exemple quand il s'est passé quelque chose, moi cela m'est arrivé très souvent et c'est ma plus grande expérience humaine de journaliste. Quand il se passait quelque chose, vous avez souvent des gens qui pensent des choses radicalement différentes qui étaient ou qui sont impliqués qui ont un problème, qui luttent les uns contre les autres. Il y a un camp A et un camp B par exemple. Et vous allez interroger le camp A et vous vous rendez compte qu'ils ne sont pas méchants, et même ils sont sympathiques. Ils ont des raisons de penser ce qu'ils pensent. Ils sont de bonne foi, c'est à dire ils y croient vraiment. Mais ils sont totalement opposés au camp B. Et vous allez voir le camp B, et vous vous apercevez qu'ils sont pas méchants non plus, ils sont même sympathiques, qu'ils ont eux aussi des raisons de penser ce qu'ils pensent, et qu'ils y croient vraiment. Mais simplement de l'ensemble de la réalité, la réalité elle est extrêmement complexe, il y a plein plein de choses. Ils ne perçoivent pas les mêmes choses parce que nos esprits humains ils sont tous limités. Et le fait d'aller voir les A, les B, d'aller voir ce qui se passe sur place, de vérifier, d'essayer de trouver des documents, des preuves, de faire tout un travail de fourmi pour peu à peu essayer de comprendre l'ensemble. C'est quelque chose qui nous permet de voir les choses mieux, et d'enlever des lunettes déformantes. Et ça, on doit tous le faire, ce n'est pas seulement le travail des journalistes, mais c'est nous tous. C'est quelque chose d'extrêmement compliqué, mais c'est en même temps quelque chose qui nous libère qui est extrêmement, qui peut être d'une certaine manière joyeuse, puisque comprendre la complexité des choses de l'ensemble de nos vies, c'est vraiment intéressant.
Maintenant nous avons une question de Lucie CM1 Savenay École Notre Dame. "En France est-ce que le métier de journaliste est devenu plus difficile ces vingt dernières années?"
Je dirais oui. D'abord parce que c'est une profession il y a beaucoup beaucoup de gens qui veulent faire journalistes. Les journalistes ne sont pas aimés par l'ensemble de la population, souvent, qui les critique, mais il y a beaucoup beaucoup de gens qui veulent devenir journalistes. Moi, avant de diriger Reporter Sans Frontières, j'ai dirigé une école de journalisme. Et donc, il faut en vouloir ! C'est à dire, il faut travailler beaucoup, il faut avoir de l'envie. Mais ceux qui se battent plus, ceux qui ont plus envie, y arrivent mieux que les autres. Souvent sur ce genre de profession, on entend qu'il faut être dans la bonne famille qui connaissait déjà plein de journalistes. Je ne sais pas si tu connais l'expression "avoir une cuillère en argent dans la bouche". Ce qui veut dire avoir déjà toutes les chances au début de sa vie. Non, ce n’est pas vrai, c'est un système qui finalement est assez juste. C'est-à-dire que ceux qui se donnent le plus de mal y arrivent mieux que les autres. Et c'est un métier qui est plus difficile parce qu’aujourd'hui les moyens économiques sont plus faibles, et donc il y a beaucoup de journalistes qui ont beaucoup beaucoup de mal à gagner leur vie. Et puis les évolutions technologiques font que c'est de plus en plus facile pour n'importe qui, quand je dis n'importe qui, c'est des personnes, c'est des entreprises, c'est des gouvernements, c'est des groupes religieux radicaux, c'est n'importe quelle structure qui veut avoir un peu plus de pouvoir, de créer son site internet et de dire voilà la vérité, voilà la vérité, voilà la vérité. Alors qu'en fait, c'est juste si on regarde derrière, voilà ce que j'ai envie de dire, voilà ce que j'ai envie de dire, voilà ce que j'ai envie de dire. Et donc le journaliste c'est extrêmement utile. Désolé de l'avoir répété peut être un peu trop souvent. C'est plus dur parce qu'il y a beaucoup beaucoup de gens et de plus en plus de gens qui sont payés pour dire les vérités qui arrangent. Les journalistes ne sont pas si nombreux. Ils ont de moins en moins de temps pour travailler. Mais en même temps, ils sont forcés, à cause d'une forme de crise économique de ressusciter le plus possible l'intérêt des gens en leur apportant les informations les plus utiles, et donc on peut très optimiste.
Une question de Samuel, Sixième Six, Estrées-Saint-Denis, collège Abel Didelet. "Comment les journalistes peuvent-ils aller dans des endroits interdits dans le monde ?"
Voyez la dernière fois que je suis allé en Chine, je n'avais pas le droit d'y aller en tant que journaliste. J'ai pris un visa touriste, c'est à dire j'y suis allé comme un touriste et une fois que j'étais bas je me suis dit bon au pire à un moment il y aura un policier qui viendra me taper sur l'épaule et me dire: vous allez juste faire des visites de touristes, ou vous prenez l'avion. Bon finalement j'ai réussi à faire mon travail. Il y a des journalistes qui vont en Syrie, c'est compliqué d'aller en Syrie, mais qui franchissent la frontière avec des gens qui les aident. Les journalistes ne doivent pas faire que de révéler des informations qui sont autorisées. Si les journalistes ne révélaient que des informations autorisées, ce serait toujours les versions que les états, les gouvernements, les entreprises veulent bien donner. Donc il faut qu'ils aillent chercher derrière. Il faut qu'ils aillent chercher des secrets. Alors, il y avait un des pères fondateurs du journalisme, Joseph Pulitzer, qui disait qu'une information qu'un journaliste avait reçue, qu'on lui avait donnée, était sans intérêt, que c'était une information volée qui était intéressante. Les citoyens, alors il ne s'agit pas de faire du vol et d'aller voler des documents, mais c'est-à-dire qu'il faut quand même lever des secrets. Il faut un peu déranger parfois, et si un journaliste est toujours à écrire que ça c'est formidable, que ça c'est formidable, que ça c'est formidable… il n'aura pas toujours dit la réalité. Son rôle ce n'est pas dire que tout est noir, tout est noir, tout est noir… mais c'est d'essayer d'aller raconter ce qui s'est passé. Les historiens nous racontent la vie de Louis XIV. On dit que les journalistes sont les historiens du présent. C'est dur d'être un historien du présent, parce que c'est être à la fois dans la profondeur et la rapidité. Leur rôle c'est de nous raconter cette histoire qui en train de se faire et qui est notre histoire à nous.
Il ne nous reste que cinq minutes, donc il va falloir se dépêcher. Parce qu'ils sont extrêmement nombreux à nous envoyer des questions.
C'est une bonne nouvelle.
De Fatima, CM2, (inaudible), du Ghana, lycée Jacques Prévert d'Accra. Bonjour le Ghana ! "Que faut-il faire pour avoir la liberté d'expression en Turquie?"
Alors d'abord, je voudrais saluer Fatima qui t'écrit du Ghana en Afrique et c'est très impressionnant de parler à Fatima et à vous tous en même temps. En Turquie, en ce moment il y a un président qui, si je dois résumer, devient un peu fou, qui met les journalistes en prison. Qui fait fermer les journaux quand ils ne lui plaisent pas, et qu'il ne peut y avoir que des journaux l'on dit qu'il est formidable. Et il y a encore eu un journal il y a quelques jours, qui est un journal d'opposition, qui ne disait pas que du bien du président. Il a envoyé des juges. Il a envoyé des policiers. Et en un week-end le journal est devenu :" le président est formidable, bravo le président, etc. ". Ce qu'il faut, c'est faire pression. Alors nous Reporters Sans Frontières, on utilise une stratégie, en anglais on dit "naming and shaming", dénoncer et faire honte. C'est à dire le plus possible, on dit que ce que la Turquie fait n'est pas bien. On peut se dire, mais ça ne sert à rien de dire que ce n'est pas bien, mais ça nous aide à aller voir des gouvernements, des ministres, dans plein de pays et on le fait. Pour leur dire, là, il faut que vous exerciez une pression sur la Turquie. Quand vous négociez avec la Turquie, il faut que vous demandiez que les journalistes soient plus libres. Alors on y arrive plus ou moins, mais c'est comme ça qu'on y parvient. Nous on est tout petit. On est une toute petite organisation, on est comme la mouche du coche dans la fable, ou comme une souris sur un éléphant. Mais on essaie de mettre en mouvement les éléphants, qui sont les états, pour qu'ils fassent des pressions. Et c'est comme ça que, peu à peu, on arrive à obtenir des résultats.
Est-ce que vous pourriez faire très très rapide cette réponse s'il vous plait, car c'est la dernière. Mathis, CM2, École Jules Ferry Pont-l'Abbé. "Êtes-vous fier d'être le président de cette association ?"
J'en suis le dirigeant, secrétaire général. En tous cas, tous les matins quand je me lève, je suis content de ce que je vais faire. Parce que je me dis que je vais être utile, et qu'en plus j'ai la chance de faire des choses qui, à moi, me plaisent. Et ça, c'est l'idéal dans la vie, c'est d'essayer à la fois de donner du sens à ce qu'on fait, et en plus d'avoir du plaisir personnel à le faire. J'espère que j'ai répondu assez vite.
Merci à tous d'avoir posé vos questions. On a eu plus de cinq cents questions, mais malheureusement on ne pourra pas répondre à tous. Et c'est déjà la fin.
Merci à toi Servane.
Merci Christophe, merci à tous d'avoir participé à cette conférence interactive en direct. Vous pourrez répondre à un petit questionnaire d'évaluation de la conférence. Le trente et un mars l'astrophysicien Hubert Reeves sera notre prochain invité pour parler de l'univers et du changement climatique. Excellente journée à tous, au revoir.